Entretien avec Ansky Hilaire, un poète qui, meurtri par la vie, pisse sur l’existence

S’il y a bien une chose que l’on sait tous, c’est que la vie n’a pas la même couleur quand on regarde le vécu de chacun de nous. Si pour certains les choses sont plus ou moins roses ; mais à cause de la noirceur épaisse du quotidien de certains autres, ils sont obligés de forger un espoir à partir du néant pour avancer. Assez souvent, ces gens-là ont eu besoin d’un refuge avant de parvenir à trouver un moyen de sortir la tête de l’eau et dessiner leur propre horizon. Tel est le cas de l’écrivain Ansky Hilaire qui s’est servi de l’écriture comme boussole après une enfance et une adolescence bouleversées qui avaient désorienté sa vie. Aujourd’hui, il est un poète qui veut créer son monde car il en a marre de celui-ci.

Dans une interview accordée à la rédaction de CHOKARELLA que nous vous proposons en MAXI format, le poète nous conte sa vie et nous parle de l’ensemble de ces livres, notamment le tout dernier, Les Fêlures et Cinq Autres Poèmes, écrit de concert avec Windsor B. Hector.

CHOKARELLA : Qui est Ansky Hilaire ?

Ansky Hilaire : Ansky Hilaire ? En effet, je ne sais plus qui je suis ni si quelqu’un de mon espèce existe vraiment, j’essaye de moins parler de moi car je me connais de moins en moins chaque jour. Le jour de ma naissance, le quartier dans lequel j’ai grandi. Mes amis d’enfance. Les études que j’ai faites. Les livres que j’ai écrits. Les prix que j’ai gagnés. Ma putain de vie. Mon quotidien. Ah, je les emmerde ! Et, tout comme je pisse sur l’existence. Toutefois, par gentillesse je peux quand même vous dire qu’Ansky Hilaire est un martyr, il est comme le vent qui vient et qui s’en va, ne sachant pas d’où il vient et où il veut être. Je cherche juste la conformité dans mon écriture, dans ma poésie. J’essaie de créer mon monde, de bien-être, d’abondance, car j’en ai marre d’être poète ici. Honnêtement, je ne veux pas y mourir avec la tête d’un poète mélancolique, qui ne cesse de verser des larmes à l’aube.

CHKRL : Comment as-tu vécu ton enfance et ton adolescence ?

AH : Mon enfance ? Si j’en avais vraiment un, c’était juste de la merde. J’insiste fort, c’était de la merde imbriquée. J’ai très mal vécu ce temps là. Perdre mon père à l’âge de huit (8) ans est la plus grande perte de ma vie. Et, une mère pas trop responsable, je ne sais pas si j’ai bien raisonné. Même ainsi, en posséder une est toujours hors de portée de la personne moyenne, je l’aimais. Ça vient du coeur. Mais mon enfance, je ne veux pas ça pour mon enfant et celui des autres. 

L’adolescence était presque le même, mais moins. J’étais plus ou moins émancipé avec l’église, et cherchais à être beaucoup plus responsable dans ma vie. J’étais convaincu que, malgré tout, l’école était la seule issue, je la prenais très au sérieux. 

Par ailleurs, je me souviens de quelqu’un qui a mis le feu à ma vie à cette époque, qui a donné un sens à mes jours misérables. Je ne peux pas citer son nom puisqu’elle est mariée aujourd’hui, mais la personne se connaît. Je pense que nous nous aimons toujours et que ça va rester comme ça pendant longtemps.

CHKRL : Qu’est-ce qui t’as poussé dans les bras de l’écriture ?

AH : Ma vie. Évidemment, c’est ce qui m’a poussé à écrire. Quand on est foutu, il faut trouver un refuge, un confort pour ne pas rester longtemps au trou. Ça y est, je n’avais plus qu’à mettre tout ce que je ressentais dans une feuille, ou les écrits partout sur les murs de la maison, les rues de mon quartier, à Dufort. Si je remonte à mon 14ème anniversaire, un des pires jours de ma vie, un 22 juillet chez ma belle-mère, pour marquer ce jour-là, j’ai dessiné mes larmes sur le mur arrière de la maison avec un morceau de charbon. J’ai beaucoup chié dans la vie, et l’écriture était une des portes qui s’ouvraient à moi, je l’ai choisie même après avoir remporté un concours de dessin, ce prix que j’ai reçu à delmas en 2009.

CHKRL Ecrire, c’est quoi, pour toi ?

AH : Là il s’agit d’une question de survie, l’écriture. C’est aussi le cas pour la lecture. Ça rassure. Cela vous rend fort et invincible. Je les aime. Ces deux femmes m’ont sauvé la vie. Rire !

CHKRL : Parle-nous de tes anciennes œuvres ?

AH : Partant de mon premier roman “La Convergence de l’Amour” en passant par “Le Condamné” pour arriver à mondernier livre “Lakou Zandò”, mon premier recueil de poésie sorti en novembre 2020, j’évoque dans ces livres toute une série de faits auxquels nous sommes confrontés sur un quotidiennement et dont les médias font semblant de ne pas être au courant.

Dans “La Convergence de l’Amour”, mon premier livre, je traite une histoire de famille et d’un triangle amoureux qui allait ruiner la vie de tous ceux impliqués, que ce soit par la rupture, la mort ou l’emprisonnement.

Avec “Les Condamnés”, une œuvre époustouflante, je dénonce les idiosyncrasies de nos politiciens abrutis en racontant l’histoire d’un jeune bandit qui deviendrait le bras droit d’un politicien afin de lui faciliter la prise du pouvoir par des actes odieux.

Lakou Zandò“, de son côté, marque de la culture vaudou, est un appel au respect des valeurs ancestrales et un rassemblement pour sauver ce qui reste de nos Lakou.

CHKRL Les Fêlures et Cinq Autres Poèmes, ça parle de quoi ?

AH : Cette collection de poèmes est une peinture de nos quotidiens douloureux, de nos blessures d’enfance, de nos douleurs, des ruptures qui ont marqué nos vies, de nos vies fêlées, des personnes qui sont restées dans nos cœurs que la vie nous a volées. C’est surtout l’image de ma vie, j’y pleure la perte des êtres que j’ai aimés.

CHKRL  : Pourquoi avoir choisi de publier cette œuvre de concert avec un autre auteur ?

AH : Il n’y a pas de raison particulière, je pense que nous sommes de très bons collaborateurs. Nous aimons travailler ensemble et cela fonctionne toujours très bien. Et comme le dit le vieil adage, vous ne pouvez pas changer une équipe qui gagne.

CHKRL  : Y a-t-il quelque chose de particulier dans cette œuvre ?

AH : S’il y a quelque chose de spécial dans “Les Fêlures et Cinq Autres Poèmes”, ce sont les thèmes qui y sont abordés et la façon dont nous les avons traités. Notre liberté poétique, principalement dans la création de nos images. Les figures de style que nous avons pratiquement utilisés. Le fait que cela rende aussi notre poésie plus polyvalente, plus touchante,  nous croyons que notre poésie est peut-être un remède pour nos blessures du passé.

CHKRL : Comment se sont déroulées les premières séances de ventes signatures ?

AH : Tout ne s’était pas passé comme prévu à Léogâne, mais je ne veux pas en parler. Cependant, j’étais content de ceux qui ont fait tant d’efforts mais qui, malgré cela, n’ont pas pu obtenir leur exemplaire. Ça m’a brisé le coeur, et je suis vraiment désolé. Sachant que je n’aime pas les excuses, je faisais de mon mieux pour que ça se passe différemment, mais pff ! Toutefois, à Carrefour, que je considère vraiment comme chez moi, c’était différent. Je me sentais vraiment dans ma maison, j’ai reçu un accueil chaleureux et j’ai eu la chance d’avoir une conversation joviale avec mes lecteurs. Je peux remercier Gabynho Leblanc pour tout cela. Pour en revenir à Léogâne, si ce n’était pas mes potes du FC Groupe et Sem Paraison, j’aurais pu être dans la merde, mais ils ont sauvé l’événement…

CHKRL : Les prochaines séances se dérouleront où et quand ?

AH : J’ai un rendez-vous à l’Alliance Française au Cap-Haïtien, et dans une sortie, disons une randonnée avec l’association “Les amis d’Haïti”, respectivement 8 et 23 juillet.

CHKRL : Ceux qui sont à l’étranger, peuvent-ils acheter le livre ?

AH : Le livre est disponible à l’achat sur Amazon depuis quelques temps. Ils peuvent le commander à partir de ce lien :[Les Fêlures: Et Cinq Autres Poèmes (French Edition)

https://a.co/d/098ieOO]

CHKRL : As-tu un message pour les jeunes qui n’ont pas ou qui n’ont pas eu une vie facile ?

AH : Je n’aime pas trop en faire. J’ai peur de me présenter comme un motivateur personnel. Le problème, c’est que j’ai beaucoup de désaccords avec ces gens-là, les motivateurs personnels. Mais, je dirais à ces jeunes de suivre leur cœur ou de faire ce qu’ils pensent être mieux pour eux, et qu’ils ne devraient être blâmés par personne. Voyons voir! Euh! Je veux juste leur dire que l’école est très importante, restez-y. Merci !

CP : CLZ

Rédaction : Peterson Dorsainvil