Combattre le racisme par l’humour. Telle est la bataille que se livre Miguel

Dire les choses choquantes de manière plaisante pourrait bien être aussi une façon de définir l’humour. Et prendre les armes n’est sûrement pas le seul moyen de revendiquer, d’exprimer ses frustrations ou même de révolter. C’est exactement ce à quoi nous pensons après avoir savouré à plusieurs reprises le super sketch de Miguel.

Miguel De La Cruz, est le nom d’un jeune humoriste haïtiano-dominicain très talentueux, né dans les batteys en République Dominicaine, dans une localité appelée : ” San Luis “. Miguel n’est pas seulement un comédien, mais il est aussi très actif dans le social. L’artiste travaille comme instructeur dans une organisation internationale (ONG), ayant pour cible les jeunes des batteys. Sachant combien c’est difficile la vie des haïtiens en République voisine, et encore pire, pour ceux qui vivent dans les batteys.

Le comédien originaire d’Haïti œuvre auprès de ces jeunes dans un programme d’encadrement social, qui les aide à se construire en tant qu’être humain, en les inculquant des valeurs et tout, en leur apprenant leurs droits en tant que personnes ; l’estime de soi, et aussi l’éducation sexuelle. Un engagement que Miguel prend vraiment à cœur.


Au-delà de toutes embuches, au-delà de tout différend entre dominicains et haitiens, et au-delà du racisme et des conflits inter-ethniques, le jeune humoriste noir dominicain, né de parents haïtiens, a réussit à faire marrer plusieurs dizaines de gens sur la scène de Dominicaina’s Got Talents, lors de sa courte présentation. Ses blagues ont été inspirées par des comportements racistes, et des propos discriminatoires de certains dominicains à l’encontre des haïtiens.

Parmi les quelques blagues de son sketch, dans lequel il a dénoncé ce qu’il ne tolère pas chez les dominicains. Il y a cette fameuse blague dans laquelle il a mentionné : ” J’ai un sérieux problème ici en République Dominicaine, même si je ne vis plus ici depuis un bon nombre de temps“. Pour rependre fidèlement ses propres mots. L’humoriste continue pour dire : ” Pourquoi les autres étrangers qui sont en visite en République Dominicaine sont considérés comme des touristes, et les haïtiens sont juste des haïtiens…? ” Une question qui, malgré son air et son cadre humouristique, est très sérieuse. Parce qu’elle pose la problématique du racisme systématique anti-haïtien des Dominicains, et traite du paradigme de cohabitation de ces deux peuples vivant sur cette même île.

Plus loin, l’artiste de poursuivre : ” Si bien que quand il est question de régulariser la situation des étrangers vivant de l’autre côté de l’île. ” On dit toujours: ” Vamos a regularisar a los extranjeros y los haitianos “. Traduction : ” Nous allons régulariser la situation des étrangers et celle des haïtiens. ” Comme quoi, les haïtiens sont une catégorie à part. Dans le sens péjoratif du terme.

Par ailleurs, Il a aussi raconté, en riant, une expérience personnelle qu’il a vécue. Un acte raciste dont il était l’objet au cours d’une visite en république dominicaine : Alors qu’il faisait la queue dans un hôtel de luxe à Puntacana. En attendant le service, il contemplait la piscine quand quelqu’un vint lui dire : Commence à nettoyer la piscine “. Il a rétorqué pour dire qu’il était un touriste. Et la personne l’a regardé dans les yeux avec un air de mépris, et lui a demandé de se taire […] Et comble de l’histoire : Quelques minutes plus tard, alors qu’il s’apprêtait à monter dans sa chambre, un couple blanc lui a offert un pourboire afin de trimbaler leurs mallettes. Un truc de dingue.

Pour boucler la boucle de son sketch hilarant, il avoué qu’il a fini par trouver un emploi dans cet l’hôtel. Ce qui a fait rire tout le monde. Bien que l’histoire est loin d’être amusante. Car être jugé, stigmatisé pour sa couleur de peau ou son origine, n’est pas du tout marrant. C’est un acte raciste condamné par les sociétés dites modernes. Mais puisque c’est en riant qu’on corrige les moeurs ; le comédien s’amuse à faire rire des clichés et des préjugés racistes qui s’enracinent dans le réflexe culturel des Dominicains, pour tenter de changer les mentalités. Du moins, conscientiser les gens sur des phénomènes qui rongent la société.

Faire évoluer les mentalités en les critiquant avec humour. Telle est la démarche artistique de Miguel, qui conjugue la vérité à la gag, sous un fond satirique, pour porter un discours de vivre ensemble, tout en affirmant son origine. Et c’est aussi un combat, qu’il mène vaillamment avec l’épée de son art. Et quitte à ce que sa grande question : ” Pourquoi les étrangers qui visitent la République Dominicaine sont des touristes et les haïtiens sont juste des haïtiens ? ” demeure sans réponse ; Miguel ne compte pas abandonner la lutte.

Et grâce à son immense talent, partout où il passe, il brandit l’étendard de l’âme culturelle haïtienne qui coule dans ses veines. Il continue de montrer à tout le monde que nous sommes capables de grandes choses. Malgré que nous soyons marginalisés, déconsidérés un peu partout dans le monde. Par la force de son art, il rappelle au monde entier que nous sommes un peuple digne et fier, et que nous sommes un État libre et souverain. Ce peuple-là même, qui a gagné la bataille de Vertières en 1803, et qui par la même occasion, a écrit à jamais les plus belles et plus glorieuses pages de l’histoire de l’humanité, en matière de liberté et de droits de l’homme.


RÉDACTION: Euphrane BÉRAL & Rodly SAINTINÉ
RÉVISION ET CORRECTION
: Ravensley BOISROND

COPYRIGHT: Chokarella 2019

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