Pierre Jean Milien dévoile son premier album solo, “Chef D’œuvre“, ce mardi 11 novembre, sur toutes les plateformes d’écoute en ligne après 11 ans de carrière. Cet opus de 11 titres, porté par des mélodies tendres et entraînantes, marque une étape importante dans son parcours artistique et s’inscrit dans une industrie musicale haïtienne en pleine mutation.
À l’occasion de cette sortie, liée symboliquement au chiffre 11, représentant créativité et connexion spirituelle, l’ex-champion de Digicel Stars a accordé un entretien à notre rédaction pour partager ses impressions et détailler le processus créatif derrière le projet.
“Au-delà de tout ce que « Chef D’œuvre » représente pour moi, je pense que c’est mon trophée après mes 11 ans de travail acharné. C’est un projet qui traduit la maturité musicale que j’ai acquise durant mon parcours, les échelons que j’ai gravis en tant que musicien et chanteur ainsi que mon identité. Car cet album c’est moi Pierre Jean en personne”, révèle-t-il dans les coulisses de Chokarella.
Pour ce premier album, l’auteur de « Mwen Bezwen On Fanm » a collaboré avec plusieurs producteurs de différentes générations afin de créer un melting pot de sonorités autour de son identité musicale. Parmi les musiciens ayant contribué aux compositions de compas et de sons afro figurent Adam Beats et Nickenson Prud’homme. Pierre Jean a également travaillé avec quatre artistes, dont deux rappeurs, King Street et Curtis Kane, actif sur le marché français.
“Je suis une personne très extravertie à des moments donnés, bien que je sois timide parfois quand je ne suis pas sur scène. J’ai collaboré avec tout type d’artiste du moment où le travail s’effectue dans le respect mutuel et afin d’élargir mon audience”, précise-t-il.
À travers « Chef D’œuvre », Pierre Jean consolide son style musical, mélange de sensualité et d’amusement, tout en mettant en avant les sonorités traditionnelles haïtiennes. Les 11 titres abordent des thèmes précis, donnant une cohérence idéologique à l’album.
“La raison qui explique le choix de ces trois thèmes que j’ai abordés sur cet opus, à savoir la sensualité, la mélancolie et l’amour, c’est parce que j’aime écrire sur ce qui se passe au quotidien dans mon environnement, sur des trucs réels qui contribuent au fondement de la vie des gens. Y a-t-il des gens qui peuvent vivre sans l’amour, ou combien de personnes n’ont pas perdu quelqu’un ?” s’interroge-t-il.
Bien que Pierre Jean s’inspire de son environnement, il choisit de ne pas partager son vécu direct. Il puise son inspiration dans des histoires fictives ou celles de ses proches :
“Parfois j’imagine quelque chose qui peut arriver vraiment en temps réel pour écrire un texte, d’autres fois j’utilise les récits narrés par mes proches afin de composer une chanson”, lâche-t-il.

La préparation de l’album a duré deux ans, période pendant laquelle l’artiste a cherché à envoyer un message particulier à ses fans.
“Je veux leur prouver comment j’ai grandi durant mon parcours, l’artiste qu’ils ont connu au début de cette carrière a évolué et aujourd’hui je suis prêt pour leur représenter valablement à l’échelle mondiale”, confirme-t-il.
Chaque morceau se distingue par ses mélodies et ses textes, renforcés par le travail avec des musiciens et le mixage assuré par Renaldo Martino. La première piste, Fantasme, reste son coup de cœur :
“C’est une musique sensuelle qui s’inscrit dans la catégorie d’un compas gouyad. Je l’aime pour son côté sexuel explicite, car elle dépeint des choses qui passent à travers des relations que les gens ne veulent pas aborder dans les conversations”, explique-t-il.
Pierre Jean souligne les difficultés rencontrées durant la production.
“Nous sommes dans un pays instable, l’économie est en décadence. Pour produire un album ça demande beaucoup d’énergie et d’argent. Sans compter les problèmes d’horaire que j’ai confrontés avec les artistes qui devaient collaborer avec moi”, se souvient-il.
Pour l’avenir, l’artiste envisage une promotion transnationale afin d’élargir son public :
“Moi et mon équipe ne voulons pas que notre musique soit consommée que par des Haïtiens. Proposer la musique haïtienne à d’autres marchés, c’est notre mission. En revanche, nous savons que ce n’est pas une mince affaire, c’est une grande responsabilité. Mais nous le ferons pour le bien de notre Haïti.”
Par Youbens Cupidon © Chokarella



