Quatre ans après “Quoi qu’il advienne“, Rutshelle Guillaume revient avec “12 Era“, son quatrième album solo attendu sur les plateformes de streaming à partir du 12 novembre. Dans un entretien accordé à Carel Pedre, la chanteuse haïtienne détaille le processus créatif de ce projet de 22 titres, évoquant les retards, les choix artistiques et les collaborations qui ont façonné l’opus. Elle se confie également sur son parcours, ses défis et la manière dont elle a su rester fidèle à sa musique tout en explorant de nouvelles sonorités avec son groupe et ses collaborateurs de longue date.
“Je n’ai pas l’habitude de sortir des projets assez souvent. En 2014, j’ai publié Émotions, puis Rebelle en 2017. Il y a toujours trois ou quatre ans qui séparent mes albums. Par contre, je voulais célébrer mes dix ans de carrière avec un nouvel album”, confie-t-elle.
Le projet aurait dû coïncider avec un anniversaire symbolique, celui de sa première décennie sur scène. Mais les plans ont changé. Rutshelle parle sans amertume d’un report qu’elle interprète comme une occasion de mieux faire.
“Dieu a décidé autrement. Très souvent, nous voulons faire quelque chose, mais nous rencontrons des imprévus qui nous obligeraient à attendre. Et je pense que cette attente a valu la peine parce qu’elle nous a donné du temps pour retravailler l’album qui était prévu pour mes dix ans en ajoutant d’autres titres qui devraient être là-dessus”, raconte-t-elle.
Pendant cette pause forcée, elle n’a pas cessé de créer. Quelques singles sont venus entretenir le lien avec son public : Démoli, Kè m nan men w, Tolere w et RG10.
“Nous avons dévoilé ces morceaux sans citer les quelques collaborations qu’on a faites durant cette période”, dit-elle simplement.
Rutshelle reconnaît que le succès n’était pas quelque chose qu’elle avait anticipé.

“Je ne le savais pas et je n’étais pas préparée pour cela également. Par conséquent, je crois que quand votre destin est tracé pour que vous réalisiez quelque chose, même si vous ne le savez pas, il y a quelqu’un là-haut qui fait tout son possible pour que vous atteigniez votre destination.”
Avec du recul, elle estime avoir mieux compris les rouages du métier, consciente des erreurs du passé et des leçons apprises “grâce aux rencontres quotidiennes”.
Quand elle se remémore ses débuts, l’interprète de Rete La se décrit comme une “novice”, même si certains lui prêtaient un parcours facilité.
“J’invite tous ceux qui ont cru que toutes les portes ont été ouvertes pour moi dès le début à venir faire rien qu’une petite expérience. Rien n’est facile dans la vie, mais si vous voulez accomplir quelque chose, vous pouvez le faire en surmontant des moments difficiles”, confie-t-elle.
Cette persévérance s’est forgée au fil des années, entre erreurs et remises en question.
“Je me disais souvent qu’il y a des luxes que je ne peux pas me permettre. Mais je reste une mère et une femme avant d’être la star que je suis. L’erreur est automatique, je la faisais, je tombais, mais la seule chose que je peux vous assurer, c’est que je ne vais pas rester par terre”, assure-t-elle.

Autour d’elle, une équipe fidèle accompagne chaque étape de son parcours. Elle en parle avec reconnaissance, mais sans emphase.
“Je pense que si je devais diviser mon succès en pourcentage, je dirais 70 % pour mon équipe contre 30 % pour moi, car Sonson tout seul équivaut à 40 %. Ils étaient avec moi dès le début, ils me témoignent leur amour ainsi que leur loyauté à travers leurs actions.”
Sous la direction artistique de Jay Keys, 12 Era s’appuie sur l’écriture de Sonson, collaborateur de longue date.
“De A à Z, il a écrit la majorité des titres qui seront sur le projet. Dès que je lui disais que j’aimerais faire un son avec un artiste, il écrivait le texte et me proposait la mélodie qui va avec.”
Cette approche marque un changement par rapport à ses précédents albums, qu’elle avait majoritairement écrits elle-même.
“J’avais écrit toutes les chansons de mon troisième album, seule ou en collaboration, sauf Ou se yon melody que le feu Michael Benjamin avait faite entièrement pour moi. Pour cet album, je leur disais que je ne vais pas écrire beaucoup, que la tâche est à eux”, raconte-t-elle.

La chanteuse insiste sur le rôle central de son groupe dans la composition de l’album.
“La majorité des mélodies qui composent mon opus sont réalisées par mon band. Toutefois, j’ai aussi travaillé avec d’autres musiciens que je considère comme des légendes et qui m’apprécient”, indique Rutshelle.
Plusieurs mois avant la sortie du disque, elle avait déjà amorcé le virage sonore à travers des prestations en direct.
“J’agis d’une manière stratégique. C’est pour cela que six ou sept mois avant la sortie du projet, j’avais publié des performances en direct avec mon groupe afin d’habituer les gens avec cette sonorité.”
Dans 12 Era, Rutshelle Guillaume explore de nouveaux arrangements sans rompre avec ce qui a toujours traversé sa musique : l’émotion, le contraste entre joie, tristesse et nostalgie.
“C’est ce que je voulais laisser comme héritage à ceux et celles qui écoutent mon projet. Ils vont retrouver celle que j’étais dans mes précédents albums. Car je voyageais entre tristesse, joie et nostalgie entre autres”, exprime-t-elle.

Pour la photo de couverture, elle a dû se transformer physiquement. Elle raconte avoir perdu du poids pour enfiler la robe choisie pour l’image de l’album.
“La robe que je portais est le numéro deux dans ce modèle, tandis qu’avant je pouvais porter le numéro six”, ajoute-t-elle.
Une transformation qu’elle considère utile pour la scène : “Je suis toute seule, je ne peux pas dire ni à Jay Keys ni à Sonson de prendre le relais à ma place. Je dois être capable d’emmagasiner assez d’air pour chanter et danser simultanément. Maintenant je peux passer 50 ans sur la scène.”
Derrière les 22 morceaux de 12 Era se dessine une ligne claire : parler d’amour, de confiance et de motivation.
“L’amour, c’est l’un de mes points forts. Beaucoup de mes chansons ont un rapport avec ce sujet. Et je fais des morceaux pour les gens qui se sentent découragés afin de les motiver”, raconte-elle.

Elle évoque enfin la chanson Déterminé, écrite en 2020 à Dubaï avec le chanteur et producteur camerounais Salatiel.
“Nous avons composé 12 titres. Elle devait figurer sur QQA mais n’avait pas été sélectionnée. Cette année, j’ai choisi deux morceaux parmi ces 12 titres : Déterminé et Stay”, a-t-elle poursuivi.
La rédaction publiera un autre article, tiré de cette interview, pour accompagner la sortie officielle de l’album le 12 novembre.
Par Youbens Cupidon © Chokarella



