De Miragoâne à Boston, le parcours du père Louis Merosne

Dans un entretien accordé à l’animateur Carel Pedre le mercredi 29 avril 2026 dans l’émission « Carel in the Morning », le père Louis Merosne revient sur son parcours, de Miragoâne à Boston, sa vocation sacerdotale et son engagement auprès des plus vulnérables. Entre foi, réseaux sociaux et plaidoyer pour une « révolution de paix », le prêtre livre une réflexion sur Haïti et sur le rôle que chacun peut jouer dans sa transformation.

Issu d’une famille paysanne, né à Ravine d’Argent, dans la troisième section communale de Miragoâne, Louis Merosne n’a pas grandi avec la technologie. Arrivé très jeune à Port-au-Prince, plus précisément à Fontamara, il découvre à l’école, à travers le catéchisme, les bases d’une foi nourrie par les valeurs familiales. « J’ai été élevé dans l’amour du prochain », confie-t-il, évoquant une éducation centrée sur le partage et la solidarité envers les plus démunis.

Son parcours prend un tournant lorsqu’il part vivre à Boston. « Je suis parti très jeune, c’est là que j’ai pratiquement grandi », explique-t-il. Mais cette immersion s’accompagne aussi de questionnements. En grandissant intellectuellement, il traverse une période de doute : « Ma foi reposait sur celle de mes parents. En cherchant des réponses, j’ai connu une baisse de foi. » C’est finalement à travers un processus d’apprentissage personnel, lectures, formation en ligne et approfondissement spirituel, qu’il retrouve un attachement à la foi catholique.

Père Louis Merosne

Marqué par l’engagement des prêtres auprès des plus pauvres et inspiré par la figure de Mother Teresa, il ressent progressivement un appel intérieur. Une rencontre avec une femme protestante, qui l’encourage à prier davantage, vient renforcer ce cheminement. « Je lisais deux chapitres de la Bible avant de dormir », se souvient-il. Après cinq années d’études en français, en théologie et en pastorale chrétienne, il dit avoir acquis davantage de maturité et de discernement.

Avant son ordination, il mène une vie active : travail dans un restaurant, obtention d’une licence de chauffeur de taxi et engagement communautaire avec la création de la structure « Ayiti 180 », dédiée aux personnes âgées et aux orphelins. Mais l’appel à retourner en Haïti s’impose à lui. Après dix-sept ans passés aux États-Unis, il rentre au pays. « Dieu m’a appelé à revenir en Haïti », affirme-t-il. Ordonné prêtre en 2011, il assure n’avoir jamais regretté ce choix : « C’est une vocation d’amour. Je suis heureux d’avoir été appelé dans un contexte haïtien ».

Aujourd’hui curé depuis une dizaine d’années à la cathédrale d’Anse-à-Beau, il se présente comme un prêtre proche du peuple. Son ministère s’inscrit dans une réalité sociale marquée par des difficultés quotidiennes. « Être prêtre est une mission noble. La souffrance du peuple est un fardeau à porter et à résoudre », explique-t-il. À travers sa paroisse, il encadre notamment sept écoles et quatre chapelles, convaincu que l’éducation constitue un levier de transformation.

Très actif sur TikTok et Facebook, le père Merosne assume son rôle de « prêtre influenceur ». « Je suis tombé amoureux de Jésus, j’ai voulu en parler partout », dit-il. Sur ses plateformes, il propose des cours bibliques, du catéchisme, mais aussi des contenus accessibles, mêlant pédagogie et humour, afin de toucher un public plus large.

Au-delà du numérique, il insiste sur l’importance du lien communautaire. « Je ne peux pas changer Haïti, mais je peux changer la vie d’un enfant à travers l’école », affirme-t-il. Pour lui, la perte du sens de la communauté constitue un frein au développement : « Lorsqu’on perd ce sens, on ne peut pas bien vivre. » Il souligne toutefois la diversité de sa communauté, qu’il considère comme un élément favorisant la transmission des valeurs.

Père Louis Merosne Et Carel Pedre

Interrogé sur la crise que traverse le pays, le prêtre se montre préoccupé et appelle à un dialogue national. « Il ne peut y avoir de paix sans justice », martèle-t-il.

Dans cette perspective, il lance un appel à une « révolution de paix », portée par les Haïtiens eux-mêmes, fondée sur l’unité, le dialogue, la justice et la réparation. « L’Église a un rôle important à jouer dans la construction de la paix. Si nous sommes unis, nous pouvons accomplir de grandes choses », conclut le père Louis Merosne.

Carel Pedre Et Père Louis Merosne

Regardez l’interview complète de Carel Pedre avec le Père Louis Merosne sur la chaîne YouTube de Chokarella ci-dessous :

Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve © Chokarella

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