L’architecte et sculpteur haïtien Hervé Sabin figure parmi les 30 finalistes du LOEWE FOUNDATION Craft Prize. Une vidéo publiée le 12 avril par la marque de luxe espagnole met en avant son travail et sa démarche artistique, à quelques semaines de l’exposition prévue à la National Gallery Singapore.
Il y présente “Sèvi-Tè“, une œuvre qui s’inscrit dans une réflexion entre héritage culturel et création contemporaine. Cette sélection met également en lumière la présence croissante d’artistes haïtiens sur la scène internationale de l’art et du design.
Pour cette neuvième édition, l’artiste est le seul représentant des Caraïbes parmi plus de 5 100 candidatures issues de 133 pays. Son travail explore des thèmes liés à la spiritualité vaudou, à l’héritage familial et à l’expérience migratoire, entre Port-au-Prince et Miami.
« Sèvi-Tè est une série de sculptures, de bols qui font partie d’un service d’offrandes. C’est cérémoniel en ce sens que vous pouvez y mettre de la nourriture ou d’autres offrandes et cela devient une partie de votre autel ou de votre routine spirituelle », explique-t-il à The Haitian Times.
Né à Port-au-Prince, Hervé Sabin a suivi une formation en architecture aux États-Unis, notamment au New York Institute of Technology et au Pratt Institute. Il a vécu plus de vingt ans à New York avant de retourner en Haïti. En 2010, il fonde le Studio Drum Collaborative, un espace de recherche pluridisciplinaire mêlant architecture, arts visuels et design.
Dans sa pratique, l’artiste accorde une place centrale aux matériaux naturels. Pour le concours, il indique avoir utilisé un bois issu de son environnement à Port-au-Prince. « Je ne travaille généralement pas ces pièces tout de suite. Elles sont exposées au soleil, à la pluie. Les termites font leur propre travail avant même que je commence », précise-t-il.
Il décrit une approche où la matière influence directement le processus de création. « Lorsque vous laissez le matériau reposer, il vous dit comment il veut être. Il y a un dialogue entre le matériau et moi », ajoute-t-il.
Cette démarche est également liée à son histoire familiale et à ses déplacements entre Haïti, les États-Unis et le Canada. « Chaque voyage est un acte de service. Les pièces sont fabriquées à partir de bois trouvé dans leurs cours ou à proximité », dit-il.
L’œuvre “Sèvi-Tè” renvoie aussi, selon lui, à une double lecture du terme en créole haïtien, entre service spirituel et rapport à la terre.
L’artiste explique avoir déjà soumis cette pièce lors d’éditions précédentes du prix, sans succès. Cette année, sa candidature a été retenue.
Le lauréat du LOEWE Foundation Craft Prize recevra une dotation de 50 000 euros. Le résultat sera annoncé le 12 mai à la National Gallery Singapore, où les œuvres des finalistes seront exposées du 13 mai au 14 juin.
© Chokarella



