Johnbern Thomas dévoile son premier album Regain The Strength / Retrouve La Force

Le musicien, compositeur et batteur haïtien Johnbern Thomas a dévoilé son premier album solo intitulé « Regain The Strength / Retrouve La Force », le mercredi 8 avril, sur bandcamp. À travers cette œuvre intime, l’artiste propose une plongée dans un univers façonné par la résilience, la migration, la foi et le courage de recommencer.

Conçu sur une période de six ans, ce projet marque un retour profond à soi. L’album retrace un parcours jalonné d’épreuves, de pertes, mais aussi de gratitude et de renouveau. Après avoir quitté Haïti pour s’installer aux États-Unis, l’artiste a dû se reconstruire dans un nouvel environnement, apprendre de nouveaux codes et redéfinir son identité. Cette transition nourrit l’album, qui capte l’incertitude, la transformation et la force nécessaire pour avancer.

L’album « Regain The Strength / Retrouve La Force » s’inscrit dans un processus créatif qui dépasse le simple contexte de sa sortie. Selon l’artiste, il a commencé à travailler sur cet album bien avant même d’avoir le sentiment de quitter Haïti. Cependant, son départ vers les États-Unis a profondément transformé la portée émotionnelle du projet.

Il explique que cette transition a intensifié les thématiques de l’œuvre. « J’ai ressenti la perte, non seulement d’un pays, mais aussi d’une certaine stabilité émotionnelle et identitaire », déclare Johnbern Thomas lors d’un entretien téléphonique à notre rédaction. Dans le même temps, l’adaptation à une nouvelle réalité s’est imposée : « J’ai dû m’adapter rapidement à une nouvelle réalité, en portant plus de responsabilités personnelles et familiales. C’est dans ce processus que le renouveau est apparu », poursuit-il.

Le choix du titre de l’album reflète également cette évolution. L’artiste précise que « le titre qui incarne le mieux ce processus sont les morceaux Retrouve La Force / Regain the Strength . À l’origine, le projet portait un autre nom, selon sa déclaration. « Au départ, le projet s’appelait Rebuild (Reconstruire). Quelques amis m’ont fait comprendre que, dans le contexte de ce que je vivais, le mot regain était plus juste. Car il ne s’agissait pas seulement de reconstruire quelque chose d’ancien, mais de retrouver une force intérieure, de se positionner autrement dans la vie », assure-t-il.

Avec le temps, la portée du projet a également évolué. L’artiste explique qu’au départ, il s’agissait d’un projet très personnel, visant à raconter sa propre histoire. « J’avais déjà écrit l’idée de l’album pour raconter ma propre histoire, avec ses hauts et ses bas, et pour la partager à travers la musique ». Mais cette démarche s’est transformée après son installation aux États-Unis. « J’ai commencé à penser davantage à ma famille, à ma femme, à ma fille, et à toutes les responsabilités qui m’accompagnaient », explique-t-il.

Progressivement, une dimension collective s’est imposée. Avec les réalités de l’immigration, les difficultés économiques, les blessures, les déceptions et les luttes quotidiennes, il affirme avoir réalisé que beaucoup de personnes pouvaient se reconnaître dans cette histoire. Cette prise de conscience a changé la nature même du projet. « C’est là que le projet est devenu collectif », précise-t-il.

L’album contient 10 morceaux, dont Chimen Tenten, Tentenad et Zanmi m. Ce dernier rend hommage au regretté artiste Michael Benjamin. « Cette composition me tient particulièrement à cœur, car je l’ai écrite en hommage à mon regretté ami Michael Benjamin (Mikaben), qui fut non seulement l’un de mes plus proches amis, mais aussi un collaborateur pendant plus de 14 ans. Zanmi est un hommage sincère à la personne exceptionnelle qu’il était », affirme Johnbern.

Le message de l’album s’adresse à un public large, traversé par des expériences similaires. Il explique qu’« il s’adresse d’abord à toute personne qui s’est déjà sentie perdue, déracinée ou fragilisée par les épreuves de la vie ». « À ceux qui ont confondu la douleur avec leur identité, mais qui, au fond, savent que leur vérité la plus profonde est l’amour ».

L’artiste insiste également sur la dimension de reconstruction personnelle. « C’est un message pour les personnes qui cherchent à se reconstruire, pas en effaçant leur passé, mais en le transformant en force ». Il poursuit en évoquant une dimension plus universelle : « À toute âme en transition — entre douleur et guérison, entre rupture et renouveau ».

Il considère par ailleurs que son expérience dépasse largement son propre parcours. Pour lui, les thématiques abordées touchent un public mondial. « Les thèmes de la perte, de la lutte, de l’espoir, de la reconstruction et de la force intérieure sont des réalités que l’on retrouve dans de nombreux parcours migratoires à travers le monde », ajoute-t-il.

Selon lui, à travers le jazz, cela devient encore plus universel. Car ce genre musical a toujours été un langage de liberté qui brise les frontières, traverse les cultures et relie les êtres humains, peu importe leur origine. Johnbern affirme que le projet s’adresse à tous ceux qui traversent des épreuves similaires. « Il s’adresse à toute personne ayant dû tout quitter, se reconstruire, ou retrouver sa force dans un nouveau contexte de vie ».

Johnbern Thomas se définit comme un pont entre tradition et modernité, une vision qui traverse l’ensemble de son œuvre. Avec cet album, il propose un projet personnel, nourri par la résilience, la migration, l’identité et la guérison. Un travail qui, selon lui, invite chacun à se reconnecter à sa force intérieure.

Mais derrière cette démarche artistique se trouve un parcours marqué par des transformations profondes. Après son installation à l’étranger, l’artiste reconnaît que ce départ n’a pas été immédiatement perçu comme un tournant identitaire. « Au début, quitter Haïti pour les États-Unis était lié à plusieurs réalités. Il y avait bien sûr la musique et les opportunités professionnelles, mais aussi la situation politique et sécuritaire en Haïti », raconte Johnbern lors d’une interview accordée à notre rédaction. Selon ses propos, il finit par réaliser, avec le temps, que ce départ allait bien au-delà de la musique.

Pour lui, le véritable choc s’est révélé dans le quotidien. « La langue, les codes culturels, la solitude parfois, et surtout la distance avec mes racines, m’ont permis de comprendre que je n’étais plus seulement en transit entre deux pays, mais que je vivais une transformation profonde de mon identité », affirme le batteur.

Johnbern Thomas explique que, malgré une certaine facilité d’adaptation — liée au fait qu’il maîtrisait déjà certains codes de la culture américaine — il n’a pas échappé à certaines difficultés. « Comme tout le monde, j’ai eu des moments de solitude et de profondes réflexions. L’une des choses les plus difficiles pour moi a été la distance avec mon pays, et le fait de devoir recommencer à zéro plusieurs fois dans différents contextes », souligne-t-il.

Au fil de son parcours, l’artiste admet avoir traversé des moments de doute profonds. « Il m’arrive parfois d’être très dur avec moi-même. J’ai tendance à me remettre beaucoup en question et à vouloir constamment devenir une meilleure personne », poursuit-il. Ces expériences ont parfois ébranlé sa confiance jusqu’à l’auto-blâme. Mais il affirme avoir trouvé un équilibre à travers la spiritualité : « À travers la prière et la méditation, j’ai appris qu’on ne peut pas changer la nature d’une bonne personne, et qu’il est parfois nécessaire de laisser les choses être », indique le compositeur.

Aujourd’hui, Johnbern Thomas refuse de se voir comme une identité fragmentée. « Je décris mon identité comme un chemin de transformation spirituelle en cours de réconciliation », tout en précisant qu’il se voit comme une âme en intégration. Avant d’ajouter : « Je suis encore en construction, mais dans une dynamique plus consciente : celle de devenir entier, non pas parfait, mais authentique », assure l’interprète de Zanmi m.

Cette identité en mouvement est profondément liée à son expérience entre deux cultures. Pour lui, vivre ainsi a profondément transformé sa manière de créer et de s’exprimer. Musicalement, cela se traduit par une richesse d’expression. « C’est comme avoir plusieurs langues dans le même souffle ». Mais cette dualité s’accompagne aussi d’un sentiment de décalage : « Il y a des périodes où je me suis senti un peu “entre deux mondes”, sans vraiment trouver une place fixe ni ici ni là-bas », avoue-t-il.

Loin de le freiner, ce sentiment devient un levier. « Avec le temps, j’ai appris à ne plus le voir seulement comme un manque, mais comme un espace de création », ajoute celui pour qui la musique a toujours été un refuge. « La musique est devenue un refuge très tôt dans ma vie, surtout pendant une période où tout était instable. Elle est devenue cet espace où je pouvais respirer », soutient-il. Johnbern explique que c’était pour lui une manière de combler les vides, de transformer le manque en quelque chose de vivant, de se reconstruire et de rester debout.

Son album Retrouve La Force / Regain The Strength reflète directement cette trajectoire. « J’ai ressenti la perte, non seulement d’un pays, mais aussi d’une certaine stabilité émotionnelle et identitaire. En même temps, j’ai dû m’adapter rapidement à une nouvelle réalité. Et c’est dans ce processus que le renouveau est apparu », admet l’artiste.

Ainsi, plus qu’un projet musical, Retrouve La Force / Regain The Strength s’impose comme un témoignage. Comme il le résume lui-même : « Peut-être que ce n’est pas une seule appartenance… mais une identité en mouvement, vivante ».

Aujourd’hui, fort de son expérience d’immigrant, il propose un album qui se veut un témoignage à portée universelle. Son titre bilingue reflète cette dualité culturelle et s’adresse à celles et ceux en quête d’appartenance et de renouveau. « Retrouver la force, c’est se réapproprier son pouvoir et se relever », suggère l’artiste à travers ce projet.

Disponible actuellement à l’achat via un site privé pour une durée limitée, l’album invite le public à soutenir directement la démarche artistique de l’auteur. Johnbern Thomas exprime enfin sa gratitude envers Dieu, sa famille, ainsi que l’ensemble des collaborateurs, musiciens, producteurs et partenaires ayant contribué à la réalisation de cet album.

Par Youbens Cupidon © Chokarella

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