Le réalisateur haïtien Samuel Suffren a remporté le prix du meilleur court-métrage international lors de la 27e édition du Festival international du court métrage du Palais des Arts, qui s’est déroulée du 31 octobre au 9 novembre 2025 au Cine Humberto Mauro, à Belo Horizonte, au Brésil. La cérémonie de clôture a permis de dévoiler les films primés dans les différentes sections : internationale, brésilienne et Minas Gerais.
« Je suis incroyablement heureux et profondément reconnaissant d’avoir reçu le prix du meilleur court-métrage pour Des rêves en bateaux papiers au festival Festcurtasbh au Brésil ! J’ai été particulièrement touché par les mots du jury ; la façon dont ils ont décrit le film était puissante et a eu beaucoup de sens pour moi », a écrit Samuel Suffren sur Instagram.
Son court-métrage Des rêves en bateaux papiers s’est distingué dans une sélection internationale diversifiée. Le jury international, composé d’Ana Carolina Soares, Flaviana Lasan et Mariah Soares, a salué « les risques pris dans la construction d’un cinéma territorialisé » par le réalisateur haïtien.
Dans leur déclaration complète, le jury a expliqué la portée du film :
« Nous vivons à une époque où les images gouvernent le monde. Cette sélectivité, principalement occidentale, construit une histoire marquée par des asymétries : elle marchandises les identités, esthétise la violence et perpétue les absences. Penser le cinéma aujourd’hui, c’est reconnaître son potentiel politique, mais aussi ses répétitions. Le langage cinématographique n’est pas neutre ; il véhicule des cadres culturels, économiques et historiques, et tous les films que nous avons vus tout au long du festival l’illustrent.
Des rêves en bateaux papiers est, en essence, l’histoire du présent, celle qui se déroule parmi nous, ou à proximité de nous, lorsque nous pensons aux guerres, aux génocides, aux diasporas et aux exodes. Ce court-métrage illustre un fragment d’une nation blessée par la colonisation – une nation qui, bien qu’ayant été la première au monde à accéder à l’indépendance par une révolte d’esclaves noirs, continue de porter les conséquences de cette violence.
Penser en noir et blanc, l’origine du cinéma, c’est assister au raffinement du langage audiovisuel à son apogée technologique, avec une forte puissance esthétique et narrative, sophistiqué même dans la ruine : la ruine de tout perdre, où l’absence de moyens économiques entraîne l’érosion des affections et de la culture.
Tout cela est transmis à travers le drame intime d’une famille qui subvertit les normes de genre qui nous sont imposées, dans une narration marquée par la migration forcée. Du point de vue de ceux qui restent, le film établit un repère temporel : l’absence actuelle de ceux qui sont partis à la recherche d’opportunités maintient le passé vivant. Pendant ce temps, l’enfant grandit – mais la réalité économique demeure inchangée. »
Le FestCurtasBH, qui en était à sa 27e édition, a également distingué d’autres œuvres dans ses sections nationale et régionale. Le film iranien “Daria’s Night Flowers“, de “Maryam Tafakory”, a reçu une mention honorable dans la compétition internationale, tandis que le film brésilien Núbia, de Bárbara Bello, a été récompensé dans la catégorie Minas Gerais.
Avec cette reconnaissance, Des rêves en bateaux papiers poursuit sa trajectoire dans les circuits internationaux du court-métrage, affirmant la présence d’un regard haïtien dans les grands festivals du cinéma contemporain.
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