Carel in The Morning : Abigaïl Alexandre, la voix haïtienne qui triomphe à l’international

Dans une édition diffusée ce mardi 21 avril 2026 de « Carel in The Morning », l’animateur Carel Pedre a reçu Abigaïl Alexandre, jeune Haïtienne récemment sacrée lors d’un concours international d’éloquence en France (Eloquentia), le 25 mars 2026. À ses côtés, son coach Wagens Jean-Louis revient sur les différentes étapes d’un parcours marqué par une préparation soutenue et plusieurs contraintes.

Face caméra, l’invitée évoque son état après la compétition. « Je suis fatigué, » dit-elle, avant d’ajouter : « c’est un plaisir de m’adresser au peuple, de partager la nouvelle et de faire rayonner cette victoire ». Engagée dans une finale réunissant plus de 2 400 participants, elle précise la portée de sa démarche : « J’ai reçu ce trophée au nom d’Haïti ». Elle insiste également sur son intention initiale : « Je ne suis pas allée à ce concours pour gagner, mais pour représenter mon pays de la meilleure manière possible ».

Sur scène, elle décrit une expérience marquée par le stress et le doute. La présence du drapeau haïtien dans la salle apparaît comme un élément déterminant. « À aucun moment je ne me suis sentie seule. Toute la nation était debout avec moi. » Le soutien du public, qui représentait une part importante de l’évaluation, a contribué à maintenir son engagement : « Voir le drapeau haïtien flotter m’a donné de la force. Le public s’est mobilisé en masse ».

Avant d’accéder à la finale, plusieurs obstacles se sont posés. Les démarches pour obtenir un visa, ainsi que les déplacements entre Jacmel, Port-au-Prince et Saint-Domingue, ont constitué un parcours complexe. « C’était extrêmement compliqué. J’ai dû faire face à des situations très humiliantes en tant qu’Haïtienne », confie-t-elle. Elle évoque également des contraintes financières : « C’était une véritable épreuve », ainsi que le rôle de la foi : « J’ai beaucoup prié pour surmonter cela. »

La préparation a occupé une place centrale. « La préparation intellectuelle et émotionnelle est essentielle surtout l’émotionnelle », souligne-t-elle. Pendant huit semaines, elle s’est préparée autour du thème de la finale consacrée à l’intelligence artificielle et aux inégalités. Elle explique avoir choisi de défendre une position critique : « Ce choix m’a poussée à aller chercher des arguments plus profonds ». Elle revient aussi sur l’épreuve d’improvisation : « Après mon discours, j’ai défendu ma position pendant deux minutes. Je pense que c’est ce moment qui a scellé ma victoire ».

Elle met en avant le rôle de son entourage. « Ma mère, ma tante m’ont énormément aidée. J’avais un bon entourage ». Son coach insiste de son côté sur la régularité du travail fourni : « Ce n’est pas un succès offert. Elle s’est battue. Elle pouvait venir travailler dès 6 heures du matin ».

Fondateur de « Golden Team Haiti, Wagens » Jean-Louis présente les objectifs de la structure créée en 2012. Le projet connaît une évolution en 2020 avec l’introduction du programme Eloquentia en Haïti. « Dans un contexte où l’image du discours public était souvent dégradée, nous voulions permettre, dans dix à vingt ans, à une nouvelle génération de jeunes de maîtriser l’art oratoire », explique-t-il, en évoquant la formation de jeunes capables de structurer leur pensée.

Inspirée notamment par le film « À voix haute », l’équipe lance un premier tournoi à Jacmel. « C’est en regardant ce film que nous avons eu l’idée de chercher la franchise et de contacter les responsables en France », précise-t-il. Depuis, l’initiative s’est étendue à plusieurs départements, avec plus de 300 jeunes formés chaque année. « Nous avons lancé officiellement en 2023, avec la volonté d’implanter durablement cette culture de la parole en Haïti ». Le projet aboutit à une étape marquante : Haïti devient le premier pays de la Caraïbe à accueillir Eloquentia hors de France, avant de remporter une finale internationale.

Malgré ces avancées, des difficultés persistent. « Il n’est pas facile de trouver du soutien, notamment à Port-au-Prince », indique Wagens Jean-Louis, évoquant des contraintes financières et un manque de partenariats.

Revenant sur son parcours, Abigaïl Alexandre affirme : « Je reste toujours la même ». Elle évoque toutefois des perspectives ouvertes après la compétition : « Plusieurs ministères, notamment ceux du Tourisme, de l’Éducation nationale et de la Culture, ont promis de soutenir mes études ». Elle ajoute : « Le ministère des Affaires étrangères m’a promis un stage en diplomatie, qui est l’un des domaines que je souhaite poursuivre ». Elle envisage des études en droit, en justice sociale ou en relations internationales.

Elle revient également sur son séjour en France : « Mon séjour en France a été agréable », dit-elle, mentionnant ses visites à la Tour Eiffel et au Musée du Louvre.

Enfin, elle évoque l’impact personnel de cette expérience. « L’un des plus grands obstacles que j’ai rencontrés a été le manque de confiance en moi », explique-t-elle. Elle poursuit : « Eloquentia m’a changée. Je suis devenue plus bienveillante, plus consciente de ce que je représente ». Elle adresse un message à la jeunesse : « Osez et lancez-vous. C’est une opportunité qui peut en amener d’autres ».

Abigaïl Alexandre indique vouloir poursuivre dans cette voie. « Eloquentia ne sera pas ma dernière compétition », affirme-t-elle, en envisageant de participer à d’autres concours de plaidoirie.

Regardez l’interview complète de Carel Pedre avec Abigaïl Alexandre sur la chaîne YouTube de Chokarella ci-dessous : 

Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve © Chokarella

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