Le chanteur, compositeur et arrangeur Emmanuel François, connu sous le nom de Zo Manno, revient sur le devant de la scène avec deux nouveaux singles intitulés « Zanj nan bra demon » et « M ta renmen konnen ». Le premier, d’une duréede trois minutes et trente-six secondes, est sorti le 14 mars 2026. Le second, long de trois minutes trente-deux secondes, a été publié le 27 mars 2026. Les deux titres sont écrits par l’artiste et produits par Samway. « M ta renmen konnen » explore la frustration et le stress des Haïtiens vivant à l’étranger, tout en mettant en lumière l’incompréhension persistante entre la diaspora et les familles restées au pays.
Originaire de Grande-Désdunes, dans le département de l’Artibonite, Emmanuel François signe ce retour après deux années sans production personnelle. Une période marquée notamment par son installation aux États-Unis, mais aussi par une phase de réflexion et de maturation artistique. Dans une interview accordée à Chokarella, l’artiste revient sur les coulisses de ce projet et évoque ses perspectives, dont la préparation de son second album.
D’après Zo Manno, ce retrait lui a permis de s’évaluer et de se repositionner dans le secteur musical. Il indique que ce retour prend appui sur les critiques formulées à propos de son premier album « Nou Legal » : « cette motivation, découle de l’évaluation que j’ai effectué de mon premier album », confie-t-il à Chokarella, avant d’ajouter qu’il se sent désormais « doté d’une maturité musicale accrue » et d’une meilleure compréhension de deux marchés distinctes. Il explique notamment être en mesure « d’établir un équilibre plus abouti dans les thématiques » de ses œuvres, à partir d’une expérience élargie et d’un regard affiné sur les réalités qu’il souhaite traduire en musique.
Par ailleurs, ces deux années ont été marquées par une activité soutenue hors scène. Zo Manno a multiplié les collaborations, participant à plusieurs albums et singles d’autres artistes, en solo comme en groupe. À cela s’ajoute une série de featuring qui témoignent d’une présence continue, bien que moins visible. L’artiste indique également avoir mis à profit cette période pour mieux comprendre le fonctionnement de la diaspora haïtienne : « j’ai tiré parti de ce temps pour appréhender le terrain de la communauté haïtienne aux États-Unis et dans d’autres pays ».
Au cœur de ce retour, le single « Zanj nan bra demon » s’inscrit dans une démarche introspective. L’artiste choisit d’en dire peu, tout en livrant une clé de lecture : « cette chanson réleve d’une forme de prédilection, sans pour autant être absolue », avant de qualifier le morceau de « confessions antissipée ». Cette orientation se reflète dans les paroles, où l’écriture adopte un ton introspectif : « Plim Mwen San lank ,menm deside mete sa m ladan kè vilnerabilite m parèt nan chak grenn mo ». Le récit met en scène une relation marquée par le déséquilibre : « Ou twò bon moun pou w gen yon moun tankou m ». Le chanteur précise que le message repose sur la prise de conscience et la demande de pardon : « Le message porte sur la prise de conscience ainsi que sur le courage de demander pardon ».
Sur le plan de la conception, le morceau s’inscrit dans un processus étalé dans le temps. L’écriture remonte à la fin du mois d’octobre 2025, vers 6 heures du matin, même si le sujet était présent depuis plus longtemps. L’un des principaux défis concernait l’orientation musicale. « Le sujet occupait mon esprit depuis longtemps, sans que je parvienne à déterminer le rythme musical approprié », explique-t-il. Après avoir trouvé une base, il engage une collaboration avec HASPEN ON THE BEAT, qui lui transmet le squelette du beat. La production est ensuite finalisée par SAMWAY BEAT, chargé du mixage et du mastering.
En parallèle, l’artiste propose un second morceau accompagné d’un vidéoclip intitulé « M TA RENMEN KONNEN ». Contrairement au premier single, ce titre aborde une thématique sociale plus large, centrée sur la condition des immigrés, en particulier des Haïtiens vivant aux États-Unis et dans d’autres pays. Toutefois, ce morceau pourrait ne pas intégrer l’album à venir, et pourrait constituer le dernier titre solo publié avant l’annonce officielle du projet.
Le titre s’inscrit dans une démarche nourrie par une réalité observée au sein de la diaspora. Écrite le 3 janvier 2026 dans la soirée et publiée le 27 mars, la chanson prend racine dans « la frustration constatée aux États-Unis », où, selon l’artiste, « qu’il s’agisse de personnes ayant un emploi ou non, toutes se plaignent du système en place », certaines allant jusqu’à exprimer le désir de retourner en Haïti. Il précise que la finalisation du morceau a été accélérée par un contexte de tensions migratoires, notamment au moment où les services de l’ICE accentuaient la pression sur les immigrés.
À travers ce titre, Zo Manno indique vouloir « transmettre un message clair » à celles et ceux qui envisagent de quitter Haïti, en soulignant l’existence d’un niveau de stress souvent méconnu avant le départ. Le morceau met également en relief un décalage entre les Haïtiens vivant à l’étranger et leurs familles restées au pays, ces dernières peinant parfois à percevoir les difficultés réelles de leurs proches. « Les deux parties vivent une forme de frustration », explique-t-il, chacune confrontée à ses propres épreuves, ce qui l’amène à s’interroger sur la manière dont ces différentes formes de stress sont gérées.
Dans cette perspective, Zo Manno annonce une évolution de son univers artistique. « L’album à venir explorera de nouvelles orientations musicales », indique-t-il, évoquant des changements au niveau des textes, de la production, des visuels et de la présentation. Il insiste toutefois sur une continuité : « il s’agira toujours de moi, Zo-Manno ».
Enfin, l’artiste s’adresse à son public et appelle à la patience, tout en invitant à soutenir ses œuvres : « Je souhaite m’adresser à mes fans afin de leur demander de faire preuve de patience Je garantis que nous en serons satisfaits », conclut-il.
Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve © Chokarella



