Plus de 30 milliards de dollars de revenus pour la musique mondiale, Haïti absent du rapport de l’IFPI

Publié le 18 mars 2026, le rapport annuel « Global Music Report 2025 » de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI) dresse un état des lieux du marché mondial de la musique enregistrée. L’édition 2025 marque un cap symbolique puisque, pour la première fois, les revenus mondiaux de la musique enregistrée dépassent les 30 milliards de dollars, reflétant la croissance du secteur portée notamment par le streaming. À la lecture de la section « Music in Numbers », une absence attire l’attention : Haïti ne figure pas parmi les marchés identifiés individuellement.

Le rapport privilégie une approche structurée autour des grandes régions du monde, comme l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Asie, l’Amérique latine ou encore l’Afrique subsaharienne, ainsi que des principaux marchés nationaux. Les données détaillées concernent essentiellement les pays disposant d’industries musicales fortement organisées, à l’image des États-Unis, du Japon ou encore de la France. Dans ce cadre, plusieurs territoires, notamment dans la Caraïbe, ne sont pas mentionnés de manière spécifique.

Dans le classement des dix plus grands marchés mondiaux de la musique, les États-Unis conservent la première place, suivis du Japon et du Royaume‑Uni, devant l’Allemagne, la Chine et la France. Le Brésil et le Canada figurent également dans ce top 10, aux côtés du Mexique, qui a dépassé l’Australie pour entrer dans ce classement.

Ces données détaillées s’appuient sur des systèmes de mesure nationaux et des contributions directes des acteurs du secteur. Les marchés qui y sont mentionnés disposent généralement d’infrastructures plus structurées pour produire, distribuer et enregistrer leurs revenus musicaux, ce qui facilite leur inclusion dans les statistiques globales.

Haïti apparaît ainsi en creux, intégré dans des ensembles régionaux sans qu’aucune donnée propre ne permette d’évaluer le poids de son marché musical. Cette absence de visibilité statistique soulève des interrogations sur la place accordée aux industries culturelles des pays à structure fragile ou en développement dans les grandes analyses internationales.

Le « Global Music Report 2025 » souligne pourtant une croissance continue du secteur à l’échelle mondiale, portée notamment par l’essor du streaming payant. Certaines régions, comme l’Amérique latine, y sont présentées comme particulièrement dynamiques. Toutefois, ces tendances globales ne permettent pas de mesurer les réalités spécifiques de marchés plus modestes, où les circuits de production, de distribution et de monétisation restent souvent informels ou peu documentés.

Dans le cas d’Haïti, l’absence de données consolidées reflète également les limites des outils de mesure à l’échelle internationale. L’industrie musicale haïtienne, diffusée notamment via les plateformes numériques et les diasporas, échappe en partie aux statistiques classiques.

Ce constat met en lumière un enjeu plus large : celui de la représentation des scènes musicales dites périphériques dans les rapports globaux. À défaut d’indicateurs précis, leur contribution reste difficile à quantifier, malgré leur influence culturelle réelle.

La publication de la Fédération internationale de l’industrie phonographique pose ainsi, en filigrane, la question de l’inclusion des marchés émergents dans les outils d’analyse de l’industrie musicale mondiale, et de la capacité de ces instruments à refléter la diversité des écosystèmes culturels.

Lire le « Global Music Report 2025 » de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI) via ce lien

Par Ravensley Boisrond, éditeur en chef de Chokarella

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