La chanteuse et guitariste haïtiano-canadienne Melissa Laveaux revient avec son cinquième album, « At My Softest, I Am Most Dangerous », disponible depuis le 20 mars sur toutes les plateformes de streaming légales. Composé de dix-sept titres aux sonorités pop indé et porté par des arpèges fingerpicking psychédéliques, l’album propose un parcours intime où mémoire, spiritualité et rapport à la mort se rencontrent. Inspirée par ses expériences personnelles et ses voyages, Melissa Laveaux y explore le lien entre vivants et défunts, tout en réfléchissant à la fragilité du corps et au cycle de la vie.
Melissa Laveaux explique avoir vécu tout au long de sa vie des expériences marquées par la fragilité et le danger. Sa mère, atteinte d’un cancer depuis sa gestation, survivante d’un grave accident de voiture quelques années après sa naissance et désormais diagnostiquée d’une sclérose en plaques, incarne cette proximité constante avec la mort.
La chanteuse évoque également ses liens avec les proches disparus. « Tous les gens que j’ai perdus sont encore là. Je leur parle, je tire les cartes, je laisse des fleurs sur mon autel… », confie-t-elle durant sa tournée médiatique. Elle rapporte qu’un ami tarologue lui a dit qu’elle était trop proche des esprits et pas assez des vivants, ce qui l’a encouragée à approfondir sa démarche.
Installée en France, Melissa Laveaux indique avoir puisé l’inspiration de l’album lors de plusieurs voyages liés à cette quête, entamée depuis 2020. Elle cite notamment sa résidence au château de Monthelon en 2024, où l’idée de l’album a pris forme, ainsi que des séjours en Afrique du Sud, au Botswana et au Zimbabwe. Lors de ce dernier voyage, elle a rencontré une femme dépressive qui pratiquait la musique dans les hauteurs de Matopos pour surmonter sa maladie, une rencontre qui a orienté sa réflexion sur le projet.
L’album s’inscrit dans une perspective de culture vaudou haïtienne et propose un pont symbolique entre vivants et morts. Le titre Manman Brigitt, consacré à l’épouse du dieu de la mort et maître des cimetières, Baron Samedi, illustre cette orientation. D’autres morceaux, tels que Yemaya, Sinèmèn, The Rain, The Dogs, Salt Water So Sweet, rendent hommage à la mer, que Melissa décrit comme « la source de la vie sur Terre… une puissance immense, créatrice et destructrice. Il n’y a pas de vie sans mort. C’est un cycle éternel, cela correspond bien à cet album ».
Melissa Laveaux revient également sur la signification de son nom, qui désigne l’abeille ou la flamme brillante en grec. L’insecte, selon elle, constitue un motif central du projet, étant considéré dans plusieurs cultures comme messager entre le monde des vivants et celui des morts.
Consciente de sa maladie, la chanteuse souhaite exploiter sa capacité créative avant toute détérioration physique. Sur le titre No One’s Lie, elle aborde l’impact de son affection neurologique, qu’elle décrit comme un dysfonctionnement du cerveau poussant le système immunitaire à attaquer ses nerfs jusqu’à provoquer une paralysie. « Tout meurt, c’est un fait. Comme la maladie paralysera mon corps jusqu’à ce que je ne puisse plus l’utiliser et expirer, j’ai envie de voir comment je vais m’en servir pour avoir une vie peut-être courte mais intense », précise-t-elle.
Articulé autour de mélodies douces, l’album invite à prendre soin de son corps et propose une réflexion sur le vieillissement des femmes. Pour Melissa, la ménopause n’est pas synonyme de fragilité : elle marque l’acquisition de connaissances et d’expériences à transmettre. « J’aime l’idée de la matriarche qui a acquis des connaissances qu’elle nous transmet pour nous éviter de revivre les années par lesquelles elle est passée », conclut-elle.
Par Youbens Cupidon © Chokarella



