Le chanteur et guitariste haïtien Carlens Sabin, connu sous le nom de scène Jah Payo, a rendu disponible sur les plateformes de streaming son premier EP intitulé « Ti Baz La », le 8 mars dernier. Sorti à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ce projet s’inscrit dans une démarche de valorisation de la gent féminine et du quartier dans lequel l’artiste a grandi.
Composé de sept titres, dont deux morceaux bonus, cet EP marque une étape dans le parcours de Jah Payo, qui affirme une démarche en solo et une volonté d’explorer davantage son univers musical. Le choix de la date de sortie revêt, selon lui, une portée particulière. L’artiste précise : “Je voulais rendre hommage à toutes les femmes qui inspirent, soutiennent et motivent ceux qui les entourent. C’est aussi un moyen pour moi de célébrer la force, la résilience et l’amour dans nos vies à travers ma musique”
À travers ce projet, Jah Payo met en avant une ligne artistique centrée sur des récits liés à son environnement et à la réalité sociale haïtienne. L’artiste dit vouloir transmettre des messages de conscience, d’espoir et de vérité.
Dans cette dynamique, certains morceaux abordent des thématiques introspectives. C’est le cas de « Laj Kochma », qui traite des questionnements liés au temps et aux trajectoires de vie. Il explique : “Dans cette chanson, je raconte l’histoire de certains jeunes qui vieillissent sans avoir accompli beaucoup de choses, ce qui les stresse et les pousse à réfléchir sur la condition de leur vie”

Le titre « Ti Baz la » occupe une place particulière dans le projet. Il s’appuie sur une période vécue par l’artiste lors de son installation aux Gonaïves, loin de ses repères habituels.
“Avec mon manager, nous avons décidé que je devais m’installer à Gonaïves, loin de mes amis d’enfance. Je repensais souvent aux endroits où nous nous retrouvions pour rire et partager des moments”
Cette période nourrit également des souvenirs liés aux relations sociales et amoureuses de jeunesse.
“J’ai alors associé ce souvenir aux petites histoires d’amour que vivent de nombreux jeunes, qui doivent parfois se cacher des parents pour se retrouver”
Sur le plan musical, Jah Payo revendique une identité construite autour de plusieurs influences et de la culture haïtienne, qu’il place au centre de sa démarche.
“Je définirais mon style musical comme une fusion de reggae, de konpa et de sonorités haïtiennes, avec une forte dimension engagée. Ma musique reflète à la fois la culture, la réalité sociale et une énergie positive”

Né à Jérémie et ayant grandi à Port-au-Prince, notamment dans le quartier de Bobin à Pétion-Ville, l’artiste évoque un parcours marqué par différentes étapes avant la musique. Il rappelle notamment son passage par le sport et ses premiers pas dans la création musicale.
“Mon parcours montre que malgré les difficultés, il ne faut jamais abandonner. Avec de la passion, de la discipline et de la persévérance, tout est possible”
Avant de se consacrer pleinement à la musique, Jah Payo s’oriente vers la guitare et le reggae, puis intègre le collectif JAH (Jeunes Artistes pour Haïti), où il adopte progressivement son nom de scène.
Il revient également sur ses premières expériences professionnelles dans le milieu musical.
“J’ai alors intégré un groupe de rap de mon quartier appelé Speed PV. Par la suite, j’ai commencé à fréquenter A5 Studio, où je travaillais comme deuxième ingénieur du son. Cette expérience m’a permis de rencontrer beaucoup d’artistes et de mieux comprendre l’industrie musicale”

Son parcours se poursuit avec plusieurs collaborations, notamment avec le groupe CMG des Gonaïves et le DJ DJ Dozz, particulièrement dans le cadre d’activités liées au carnaval. En 2020, il rejoint le groupe ChachouBoyz, puis s’inscrit dans un collectif après sa séparation.
“Après la séparation du groupe, mon manager Chelton Charles, qui était aussi leur ancien manager, a décidé de créer un collectif appelé Team Perfect, dans lequel je fais partie aux côtés d’autres artistes comme Lilson et Mirla”
Selon l’artiste, la multiplication des collaborations a conduit une partie de son public à encourager une orientation en solo. Ce choix intervient dans un contexte marqué par plusieurs contraintes structurelles dans le secteur musical haïtien.
“Mes principales difficultés sont liées à l’instabilité socio-économique, manque d’encadrement professionnel solide pour accompagner les artistes, telles que des maisons de production bien organisées ou des plateformes efficaces de distribution”
Malgré ces contraintes, Jah Payo affirme poursuivre son parcours grâce à la persistance de son engagement personnel et au soutien de son entourage.
“Ce qui m’a permis de tenir malgré les obstacles, c’est avant tout ma passion pour la musique, ma détermination et ma discipline, ainsi que le soutien de mon entourage, notamment celui de mon manager Chelton Charles. Ils m’aident à rester concentré”
Pour l’artiste, la musique reste un espace d’expression lié à ses objectifs personnels et à sa vision.
“Ma vision et mes rêves me motivent à ne jamais abandonner”
Par Youbens Cupidon © Chokarella



