Le rappeur haïtien BigFa a sorti un nouvel album, Operasyon Sabotaj, le 26 février sur YouTube et d’autres plateformes de streaming. Avec cet album, il cherche à affirmer une identité musicale entre Haïti et Miami, contribuant ainsi à redéfinir le rap haïtien de la diaspora. Ce projet marque une étape importante dans le parcours artistique de l’artiste. Il s’engage dans une profonde introspection, partageant ses expériences, ses doutes et ses rêves. La musique est pour lui plus qu’un simple moyen de se divertir.
BigFa, inspiré par le rap en créole et les réalités sociales, définit son art comme une vocation. Dès son jeune âge, il découvre que le rap est un moyen de raconter son histoire et celle de son milieu. Il affirme avec passion : « Rap la se Pa yon hobby, se yon misyon ». Ces mots soulignent l’importance de la musique dans sa vie et son développement.
Ses racines musicales remontent à la scène rap haïtienne qui l’a vu grandir. Il s’est inspiré d’artistes iconiques de l’école BPC pour son écriture. À son arrivée à Miami, il a découvert une nouvelle scène artistique dominée par la trap et la drill, ce qui a enrichi sa vision musicale et lui a permis de développer un style hybride mélangeant des sons modernes et l’esprit narratif du rap haïtien.
BigFa met de l’avant l’importance de préserver ses racines, même s’il s’ouvre à l’international. Il réfute l’idée que les artistes de la diaspora s’éloignent de leur culture d’origine et s’affirme pleinement dans son identité. « Mwen pa pèdi anyen. Mwen pote Ayiti nan vwa mwen, nan aksan mwen, nan tematik mwen, nan pawòl mwen », exprime-t-il pour souligner que sa musique est profondément enracinée dans son héritage.
Son nouvel album, Operasyon Sabotaj, combine évolution artistique et fidélité à ses racines. L’album, composé de dix morceaux, a été pensé comme une œuvre structurée plutôt qu’une simple collection de titres. L’artiste le présente comme une stratégie pour renouveler le rap actuel : « Operasyon Sabotaj se yon plan sètifye pou brase rap la, kraze woutin, epi montre yon BigFa ki gen plis matirite ».
L’album a une structure narrative claire. Les chansons s’enchaînent pour emmener l’auditeur dans un voyage émotionnel. Il commence par une introduction énergique. La section centrale aborde des sujets profonds, tels que l’immigration et les relations interpersonnelles. La dernière piste révèle une facette plus intime de l’artiste. « Mwen òganize album nan tankou yon vwayaj emosyonèl », explique BigFa.
L’artiste a travaillé dur pendant plusieurs mois pour concevoir ce projet, cherchant l’authenticité. Il a voulu que ses expériences personnelles l’inspirent pour écrire des chansons. « Sa pran mwa travay, anpil nwit san dòmi. Mwen pa t fòse anyen; mwen te kite lavi a ekri track yo ak mwen », confie-t-il. Cette méthode donne une dimension personnelle et réfléchie au projet.
BigFa a choisi les morceaux de l’album en fonction de critères spécifiques. Une chanson doit être musicalement accomplie et soutenir le message global du projet. Certains titres ont été écartés pour préserver la continuité narrative. « Mwen pa mete mizik paske li bèl. Mwen mete mizik ki sèvi mwen ak moun k ap koute mwen », explique-t-il.
Le rap a une influence profonde sur la vie personnelle des rappeurs. Il le voit comme un lieu d’expression et de guérison. « Rap se terapi, se zam, se direksyon », conclut-il. Sa musique aborde diverses réalités sociales, telles que l’immigration, les contraintes économiques et les écueils de sa génération.
En définitive, BigFa souligne que la réussite d’un album musical ne se mesure pas uniquement par les statistiques ou les ventes. Il doit toucher les auditeurs. « Chif se biznis. Atizay se misyon », lance-t-il. Operasyon Sabotaj vise à transmettre une vision et à inspirer ceux qui s’identifient à l’artiste.
Par Michelet Joseph © Chokarella



