« Je porte en moi une identité plurielle », confie KingH509 sur son dernier morceau « Lambi »

Avec le titre « Lambi », sorti le 25 février 2026, l’artiste haïtiano-canadien KingH509 propose un morceau qui s’inscrit dans une réflexion sur l’identité, la mémoire et l’héritage afro-caribéen. Derrière cette chanson, il explique avoir entamé un travail personnel autour de son appartenance à la diaspora haïtienne et de la manière dont cette identité a influencé son parcours artistique.

Dans un entretien accordé à Chokarella, KingH509 raconte que la naissance du morceau est liée à une période de questionnement. Pendant longtemps, explique-t-il, son appartenance à la diaspora haïtienne a suscité chez lui un certain malaise. « Depuis quelques années, j’ai dû accepter le fait que je fais partie de la diaspora haïtienne. Pourtant, cette réalité avait pour moi un goût amer », confie l’artiste. Selon lui, cette situation l’a conduit à s’interroger à plusieurs reprises sur la manière de définir son identité.

Avec le temps, cette réflexion l’a amené à adopter une autre perspective. « J’en suis arrivé à une conclusion essentielle : je porte en moi une identité plurielle », explique-t-il. Cette identité, précise-t-il, s’est construite à partir de différentes influences, de ses racines et de son parcours personnel. « Une identité riche, façonnée par mes racines, mes expériences, mes influences et mes combats », poursuit-il.

Dans ce contexte, « Lambi » apparaît pour lui comme une manière d’affirmer cette identité. L’artiste décrit la chanson comme « à la fois une affirmation, un cri de sensibilisation et un reflet de ma réalité en tant que Noir ».

Le choix du lambi comme symbole central du morceau s’inscrit dans cette démarche. Dans l’histoire haïtienne, cet instrument renvoie notamment aux appels au rassemblement et à la période de la Révolution haïtienne. Pour l’artiste, cette référence vise à rappeler les luttes menées par les générations précédentes. « C’est une œuvre qui vise à sensibiliser la communauté afro-caribéenne et à nous rappeler le combat de nos ancêtres », explique-t-il.

Selon lui, ces luttes sont marquées par « la résistance, la dignité, le courage et la quête de liberté ». L’artiste estime que la mémoire de ces combats demeure essentielle pour comprendre les réalités contemporaines. « Il est essentiel de ne pas oublier d’où nous venons, car notre histoire est la fondation de notre force actuelle », ajoute-t-il.

Dans la chanson, la référence au lambi devient ainsi un symbole d’appel à la conscience collective. « Leur résistance, leur courage et leurs sacrifices ne doivent jamais être oubliés », affirme KingH509 en évoquant les générations qui ont précédé. « Notre liberté actuelle est le fruit de leur détermination. »

Si le morceau aborde des thèmes liés à l’histoire et à l’identité, l’artiste insiste sur le fait qu’il s’agit avant tout d’une démarche artistique. « C’est définitivement une prise de position artistique pour embrasser mon héritage afro-caribéen, affirmer pleinement mon identité et sensibiliser ma communauté », explique-t-il. Pour lui, la musique peut aussi devenir un espace de mémoire et de transmission culturelle.

La création du morceau s’est faite de manière progressive. L’artiste raconte que l’idée du refrain est apparue de manière spontanée. « Tout a commencé par un simple murmure », explique-t-il. « J’ai commencé à fredonner ce refrain presque instinctivement. »

Le travail en studio a ensuite permis de donner une forme plus précise au projet. « Nous avons changé d’instrumental deux fois avant d’aboutir à la version finale », raconte-t-il. L’objectif, selon lui, était de trouver une ambiance sonore capable de traduire l’émotion du texte. « On ne voulait pas juste un beat… on voulait une vibration alignée avec le cœur du morceau. »

Dans « Lambi », la dimension identitaire se retrouve également dans l’univers musical du titre. L’artiste explique que sa musique est profondément influencée par son héritage afro-caribéen. « Cette identité est devenue ma sonorité musicale », affirme-t-il.

Le morceau propose ainsi une fusion de plusieurs styles, notamment le konpa, le hip-hop et l’afrobeats. « On y retrouve beaucoup de percussions, une fusion assumée entre le konpa et le hip-hop, l’afrobeats et les sonorités caribéennes », décrit-il. Cette combinaison d’influences vise, selon lui, à produire une musique à la fois dansante et porteuse de sens.

Les réflexions de l’artiste sur l’identité ont également été nourries par son parcours universitaire. KingH509 explique avoir découvert les écrits de penseurs comme Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, figures associées au mouvement de la négritude. Selon lui, leurs textes l’ont aidé à comprendre certaines dynamiques historiques liées au colonialisme.

« Avec eux, j’ai compris que l’une des missions fondamentales du colonialisme était de détruire la culture noire afin de nous assimiler », explique-t-il. Pour l’artiste, cette question reste d’actualité dans un monde marqué par la mondialisation et la circulation rapide des modèles culturels.

Il estime que les jeunes générations afro-caribéennes peuvent parfois se retrouver confrontées à un risque d’assimilation culturelle. « Cette génération est plus que jamais exposée à l’assimilation et au risque de se perdre », affirme-t-il. Dans ce contexte, la musique et la culture peuvent jouer un rôle de transmission. « L’art devient un pont entre le passé et le présent », ajoute-t-il.

Dans cette perspective, « Lambi » se veut davantage un symbole qu’un manifeste politique. « Le titre se veut avant tout un cri d’appel à la souveraineté et à la dignité », explique l’artiste. Il précise toutefois que la chanson ne cherche pas à analyser en profondeur toutes les luttes contemporaines. Elle vise plutôt à rappeler l’importance de rester conscient de son histoire et de son identité.

L’artiste affirme également que sa musique s’adresse en priorité à la communauté afro-caribéenne. « Restons conscients, unis et fiers de nos racines », dit-il. Pour lui, cette mémoire collective constitue une richesse et un point d’ancrage pour les générations actuelles.

Cette réflexion se prolonge aussi dans sa propre trajectoire personnelle. King H 509 évoque une identité multiple qui combine plusieurs influences culturelles, notamment taïno, africaine, haïtienne et franco-caribéenne. Selon lui, cette pluralité se reflète directement dans sa musique. « Ma musique devient alors un espace de rencontre entre mes racines, mon vécu et le monde qui m’entoure », explique-t-il.

Pour l’artiste, cette diversité représente avant tout une richesse artistique. Elle lui permet d’explorer différents styles et de construire un univers sonore marqué par la fusion des genres.

« Lambi » s’inscrit par ailleurs dans une nouvelle phase de son parcours musical. Le titre annonce la sortie d’un EP intitulé Faut qu’ça roule, attendu en mai 2026. Ce projet servira également d’introduction à un second album du même nom, dont la sortie est prévue pour l’automne de la même année.

Selon l’artiste, ce futur projet abordera plusieurs réalités sociales contemporaines. « Il s’adresse aux parents monoparentaux, aux nouveaux immigrants, aux enfants orphelins, aux chercheurs d’emploi, aux étudiants et aux personnes sans papiers », explique-t-il. L’idée centrale du projet repose sur un message de persévérance. « Malgré les obstacles et les réalités parfois difficiles, on doit continuer d’avancer. »

En parallèle, King H 509 prévoit également une tournée scolaire organisée dans le cadre du Mois de la Francophonie. Une initiative qui s’inscrit dans sa volonté de sensibilisation à travers la musique et les échanges avec les jeunes publics.

Pour résumer l’esprit du morceau, l’artiste propose une formule simple : « Lambi est une sensibilisation afro-caribéenne assumée : un rappel de nos racines, de notre héritage et de notre pouvoir collectif. »

Par Ravensley Boisrond, éditeur en chef de Chokarella

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.