La créatrice italo-haïtienne Stella Jean signe les uniformes de Team Haïti pour les Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026, prévus du 6 au 22 février 2026. Pensées en référence à la figure de Toussaint Louverture, ces tenues accompagneront les skieurs Stevenson Savart et Richi Viano, engagés dans une compétition encadrée par les règles de neutralité du Comité international olympique.
« Cet uniforme porte de nombreux messages. On y retrouve une part de l’histoire d’Haïti, ainsi que la représentation de l’un des pères de la nation, Toussaint Louverture, un homme redouté par les plus puissants de ce monde », a déclaré Stella Jean lors d’une interview avec l’Associated Press.
Pour la première fois depuis Pékin 2022, Haïti sera de nouveau représentée aux Jeux olympiques d’hiver. Deux athlètes défendront les couleurs nationales à Milano Cortina 2026 : Stevenson Savart en ski nordique et Richi Viano en ski alpin. Le Comité olympique haïtien a confirmé leur participation le 2 février 2026, avant d’annoncer, le 3 février, que les uniformes officiels de la délégation ont été conçus par la designer italo-haïtienne Stella Jean.
Les créations imaginées pour Team Haïti s’inscrivent dans une démarche où le vêtement dépasse sa fonction sportive. Selon le Comité olympique haïtien, les tenues ont été conçues par Stella Jean avec une inspiration tirée de l’univers visuel du plasticien haïtien Édouard Duval-Carrié. Elles intègrent des références à l’histoire d’Haïti, notamment à travers la figure de Toussaint Louverture, l’un des pères fondateurs de la nation.
Dans une publication officielle, le comité explique : « Haïti aux Jeux Olympiques d’hiver Style, Art et Fierté. Pour Milan-Cortina 2026 (du 6 au 22 février 2026), les tenues de Team Haïti célèbrent notre culture et notre histoire. Elles ont été imaginées par la designer Stella Jean, avec une touche inspirée de l’artiste Edouard Duval-Carrié, un mariage entre mode et art haïtien. »
Dans une vidéo de présentation, Stella Jean a détaillé la réflexion ayant guidé son travail. Elle insiste sur la responsabilité symbolique attachée à la conception de ces uniformes : « Nous savons que, dans ces quelques mètres de tissu, dans cet uniforme, nous devons condenser toute une histoire ainsi qu’un message. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous permettre de nous livrer à de simples exercices stylistiques : cet uniforme porte de nombreux messages. On y retrouve une part de l’histoire d’Haïti, ainsi que la représentation de l’un des pères de la nation, Toussaint Louverture, un homme redouté par les plus puissants de ce monde, tel Napoléon, qui parlait de lui comme passant “du plus grand des Blancs au plus grand des Noirs. »
Initialement, les uniformes comportaient une image explicite de Toussaint Louverture. Le Comité international olympique (CIO) a toutefois estimé que cette représentation enfreignait les règles interdisant tout symbole politique, religieux ou racial sur les sites olympiques. La Charte olympique impose en effet aux comités nationaux une stricte obligation de neutralité.
Face à cette décision, Stella Jean a dû revoir son projet. Avec l’aide d’artisans italiens, la silhouette du révolutionnaire a été effacée, laissant apparaître un cheval rouge lancé au galop sur un fond tropical, avec l’inscription « Haïti » sur un ciel azur. « Les règles sont les règles et doivent être respectées, et c’est ce que nous avons fait », a déclaré la créatrice à l’Associated Press. « Mais pour nous, il est important que ce cheval, son cheval, le cheval du général, reste là. Pour nous, il reste le symbole de la présence d’Haïti aux Jeux olympiques. »
Jean a présenté ces uniformes lors d’un aperçu exclusif accordé à l’Associated Press à l’ambassade d’Haïti à Rome.
Pour l’ambassadeur d’Haïti en Italie, Gandy Thomas, la participation du pays aux Jeux d’hiver dépasse le seul cadre sportif. « La présence d’Haïti aux Jeux olympiques d’hiver est un symbole, une prise de position, et non une coïncidence », a-t-il déclaré à l’Associated Press. « Nous ne sommes peut-être pas un pays d’hiver, mais nous sommes une nation qui refuse d’être enfermée dans les attentes. […] L’absence est la forme la plus dangereuse d’effacement. »
Stella Jean a également conçu une tenue destinée aux femmes de la délégation, comprenant des créoles dorées et un tignon haïtien, en référence à cet accessoire historiquement imposé aux femmes noires sous l’administration coloniale. « Nous savons que dans ces quelques mètres de tissu, dans cet uniforme, nous devons concentrer toute l’histoire et un message », a-t-elle rappelé.
La participation d’Haïti aux Jeux olympiques d’hiver s’inscrit dans le prolongement de la création de la Fédération haïtienne de ski, née dans le sillage du séisme de 2010. La fédération compte aujourd’hui sept athlètes, dont deux qualifiés pour Milano Cortina 2026, avec le soutien financier du programme de Solidarité olympique du CIO.
Richi Viano, 23 ans, a déjà participé aux Jeux de Pékin en 2022, où il a terminé 34e du slalom masculin. Adopté à l’âge de trois ans par une famille italienne vivant en France, il a longtemps concouru sous les couleurs françaises avant d’être approché par la Fédération haïtienne de ski. « Quand on parle d’Haïti, c’est en termes catastrophiques… C’est une façon de trouver quelque chose de positif », a-t-il expliqué par téléphone depuis la Bosnie.
Stevenson Savart, 25 ans, est quant à lui le premier fondeur olympique haïtien. Lui aussi adopté par une famille française, il s’est tourné vers Haïti après des difficultés administratives en France. « Je suis très fier de pouvoir faire ça pour Haïti », a-t-il confié depuis son camp d’entraînement. « Le fait que Haïti soit visible me donnera encore plus d’énergie », a-t-il ajouté.
L’ambassadeur Thomas estime que le parcours des deux athlètes trouvera un écho particulier, en Haïti comme dans la diaspora, dans un contexte marqué par l’instabilité politique et sécuritaire du pays depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021.
Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve © Chokarella



