Le film documentaire « Les âmes bossales », réalisé par François Perlier et produit par « Corpus Films », arrive en salles le 4 février 2026. Le film s’annonce comme une exploration attentive des luttes sociales, de la culture populaire et des formes de résistance en Haïti. Des projections suivies de discussions avec le réalisateur sont prévues à Paris, au cinéma Espace Saint-Michel, les 4, 5 et 9 février, à Nantes au cinéma « Le Cinématographe » le 12 février, puis à Kinshasa au Centre Wallonie-Bruxelles le 16 février 2026. La sortie du film a été planifiée pour coïncider avec une date fortement liée à la mémoire de l’esclavage, résonance directe avec le propos du documentaire.
Le terme « bossale » traverse le temps. Historiquement, il désignait les Africains réduits en esclavage arrivés à Saint-Domingue et portait une connotation péjorative. Aujourd’hui, il est réapproprié par des Haïtiennes et Haïtiens qui dénoncent les inégalités, la corruption et le néocolonialisme. Le documentaire s’appuie sur cette réappropriation pour dresser le portrait d’une résistance à la fois politique, artistique et culturelle.
François Perlier relie ce projet à son parcours de cinéaste documentaire : « La résistance et l’émancipation individuelle et collective sont au cœur de mon travail de cinéaste documentaire », explique-t-il. Avant de tourner en Haïti, il avait déjà réalisé « Le Voukoum », consacré à un collectif carnavalesque engagé en Guadeloupe. C’est dans ce contexte qu’il découvre l’histoire haïtienne à travers les militantes et militants antillais.
L’arrivée en Haïti se fait par un guide inattendu, un protagoniste du film : « Je suis ensuite allé en Haïti pour rejoindre “Foukifoura”, le comédien du film. Il a été ma porte d’entrée dans le pays ». À travers cette immersion, le cinéaste est frappé par la culture populaire haïtienne, héritage historique majeur : « La culture haïtienne populaire, forgée depuis la révolution des esclaves qui mena à l’indépendance en 1804, dégage un magnétisme hors du commun ». Le carnaval, le vaudou, les mobilisations de rue et les trajectoires individuelles deviennent le matériau vivant du film : « Voilà ce qui m’a poussé à ne jamais abandonner ce long projet », précise-t-il, rappelant la persévérance nécessaire pour mener à bien ce tournage.
Filmer dans un pays au contexte instable a nécessité patience et adaptation. François Perlier décrit le tournage comme complexe sur les plans social et sécuritaire. Il souligne également l’importance de l’émotion dans son approche : « L’émotion a toujours été pour moi le moteur du projet. Ressentir et transmettre ». Comprendre certaines réalités locales n’a pas été simple : « Parfois, je ne comprenais pas les situations, parfois j’ai été très impressionné ou très affecté ». Le travail de terrain a demandé « du temps, de l’écoute pour trouver sa place dans les rues d’Haïti ».

Les rencontres façonnent le récit : « Je considère les personnes avec qui j’ai fait ce film comme lumineuses, et leurs paroles me semblent très importantes. Ces rencontres m’ont manqué à vie ». Le cinéaste n’ignore pas les difficultés contemporaines du pays : « Puis la violence de la répression et des gangs s’est installée. Je ressens aujourd’hui beaucoup de tristesse de voir le pays si malmené ». Pourtant, certaines pratiques culturelles persistent, comme le carnaval de Jacmel, qui continue malgré le climat sécuritaire, apport au Prince, y voyant « la force du peuple qui l’organise ».
Le film articule plusieurs dimensions de la réalité haïtienne, mêlant politique, art et spiritualité. François Perlier explique ce choix : « Le vaudou haïtien se déploie dans une grande fluidité, des mondes s’y mêlent : le vivant et la mort, le passé et le présent, l’imaginaire et le réel… » Il illustre son propos par le carnaval : « Vous pouvez voir danser ensemble des masques de Napoléon, de la déesse Erzulie et de Mandela ». Selon lui, cette cohabitation de références historiques et politiques traverse l’ensemble des arts haïtiens : « Le politique, l’artistique et le spirituel ne font qu’un ».
La parole de Frankétienne vient renforcer cette approche. François Perlier évoque « un poète populaire, habité par la magie et la rébellion », dont les textes accompagnent un récit centré sur « la beauté de la résistance collective et individuelle ». « Les Haïtien·ne·s connaissent très bien leur histoire et beaucoup aiment la faire connaître au monde », souligne le réalisateur. Il considère la révolution haïtienne et la libération précoce du pays comme « un phare pour de nombreux peuples opprimés ». La date de sortie du film traduit cette volonté de dialogue entre mémoire historique et réalités contemporaines.
À travers les parcours de Charlotte, Foukifoura, Édris, Michou et Ramoncite, « Les âmes bossales » met en lumière « une résistance politique et artistique populaire, dans un pays au bord du chaos, où la rue est en feu mais où la dignité persiste ». Le documentaire valorise des expressions culturelles et des engagements citoyens souvent absents des représentations médiatiques dominantes. François Perlier souligne le décalage : « Les gens ne reçoivent souvent que des fragments de l’histoire et du présent de ce pays, généralement pour décrire une actualité spectaculaire et violente ». Il rappelle que des pressions majeures liées à l’émancipation humaine ont émergé dans ce pays et que sa culture reste « riche et passionnante ». Son objectif est que le public aborde Haïti « avec respect et dignité ».
Dans cette perspective, les projections seront organisées en présence d’Haïtiennes et Haïtiens, favorisant le dialogue direct avec le public. Selon l’équipe organisatrice, Les âmes bossales sera présenté à Paris au cinéma Espace Saint-Michel les 4, 5 et 9 février 2026, à Nantes au cinéma Le Cinématographe le 12 février, et à Kinshasa au Centre Wallonie-Bruxelles le 16 février 2026.
Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve © Chokarella



