Le court métrage haïtien « Cœur bleu » au Festival du film de Sundance

Le court métrage “Cœur bleu“, réalisé par le cinéaste haïtien Samuel Suffren, figure dans la sélection du Festival du film de Sundance, organisé aux États-Unis du 22 janvier au 1er février. L’événement, consacré au cinéma indépendant, accueille pour la deuxième fois un film du réalisateur haïtien.

Présent sur place, Samuel Suffren a rappelé la portée symbolique de cette participation. « Pour la deuxième fois, je suis au Sundance Film Festival pour présenter le dernier volet de ma trilogie, Cœur bleu », a-t-il déclaré dans une publication sur ses réseaux sociaux. Une présence qu’il associe à un sentiment ambivalent : il s’est dit « heureux d’être présent dans l’un des plus grands festivals du monde, et en même temps profondément déchiré par la politique actuelle de ce pays envers les immigrant·es ». Le réalisateur a également précisé : « J’ai porté à la main la couleur de mon drapeau pour me rappeler, et dire au monde, qu’Haïti renaîtra de ses cendres », a-t-il poursuivi.

Organisé chaque année dans l’État de l’Utah, notamment à Park City et à Salt Lake City, le Festival du film de Sundance en était à sa 42e édition. Il est considéré comme la principale vitrine du cinéma indépendant aux États-Unis et comme l’un des espaces de diffusion les plus suivis à l’échelle internationale. Les films sélectionnés sont répartis entre plusieurs sections, dont des compétitions officielles. « Cœur bleu » concourait dans la catégorie réservée aux courts métrages.

Le film se déroule au Cap-Haïtien, dans le nord d’Haïti. Marianne et Pétion, un couple âgé, y mènent une existence modeste. Couturière, Marianne travaille depuis son domicile pour les habitants du quartier. Pétion, quant à lui, consacre une partie de ses journées à s’occuper de leur chèvre. Leur quotidien est marqué par une absence : celle de leur fils, parti aux États-Unis.

Avec le temps, les contacts s’espacent. Les appels restés sans réponse installent un climat d’incertitude. L’espoir lié au départ, autrefois associé à la perspective d’une amélioration des conditions de vie, laisse place à une attente fragile et silencieuse.

Samuel Suffren a expliqué l’origine de ce récit : « Inspiré de l’histoire de mes parents, ce film explore la question du rêve américain en Haïti », a-t-il confié au journal Le Nouvelliste. « Je me concentre sur ceux qui restent au pays, attendant des nouvelles de leurs proches — un mari, un fils, une mère — partis sur des bateaux de fortune vers les États-Unis », a-t-il ajouté.

Né en 1992, Samuel Suffren est réalisateur et producteur. Son travail s’inscrit notamment dans une trilogie de courts métrages inspirée de l’histoire de son père, dont le projet migratoire vers les États-Unis constitue un élément central. Ces films ont été présentés dans plusieurs festivals internationaux. Parallèlement, il développe un premier long métrage de fiction intitulé Je m’appelle Nina Shakira.

Avant sa sélection à Sundance, « Cœur bleu » avait déjà été distingué sur d’autres scènes cinématographiques. Le film a reçu le prix du meilleur court métrage de fiction 2025 lors de la 19e édition du Trinidad and Tobago Film Festival, organisée du 24 au 30 septembre 2025 à Port of Spain. Il avait également été récompensé au Minikino Film Week de Bali, en Indonésie, un festival international consacré au court métrage depuis 2015. Ces distinctions sont intervenues à une semaine d’intervalle.

À Port of Spain, le jury du Trinidad and Tobago Film Festival a attribué le prix principal à Cœur bleu, tandis qu’une mention honorable revenait au film Blue Pandora du réalisateur cubain Alan González. Cette décision s’inscrivait dans un contexte caribéen où les productions régionales bénéficient d’une attention croissante.

En Indonésie, le film s’est imposé face à une sélection internationale variée. Le Minikino Film Week accueille chaque année des réalisateurs venus de plusieurs continents et constitue un espace de diffusion pour des œuvres issues de contextes culturels divers.

« Cœur bleu » figurait également parmi les courts métrages retenus à la 57e édition de la Quinzaine des cinéastes, section parallèle du Festival de Cannes, en avril 2025.

Dans ce cadre, « Cœur bleu » avait intégré une programmation composée de dix courts et moyens métrages, ainsi que de dix-huit longs métrages.

À travers « Cœur bleu », Samuel Suffren poursuit ainsi une réflexion cinématographique sur l’exil et l’attente, en donnant à voir, depuis Haïti, les répercussions humaines des trajectoires migratoires, entre espoir, silence et incertitude.

 © Chokarella

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