Les frères DJs haïtiens Davidor et Moustafa ont dévoilé, le vendredi 16 janvier, une version revisitée du morceau « Zanmi Kamarad », portée par une mélodie raratech. Disponible sur toutes les plateformes de streaming, cette édition illustre la possibilité pour la musique traditionnelle haïtienne de dialoguer avec les sons électroniques contemporains. Le duo, basé aux États-Unis, entend ainsi montrer que son patrimoine musical peut évoluer tout en conservant son essence.
« Zanmi Kamarad » est une chanson du duo haïtien Claudette et Ti Pierre, sortie dans les années 1980 sur l’album « Les Fleurs d’Haïti vol. 1 (Pour les gens de bien) ». Dans ce morceau, les auteurs mettent en garde les hommes contre les relations amoureuses. Porté par la portée universelle du texte, le titre a été choisi par Davidor et Moustafa pour une réinterprétation contemporaine.
« C’est un morceau chargé de sens et de mémoire collective. L’idée est venue avec l’envie de rendre hommage à Claudette et Ti Pierre tout en proposant une relecture contemporaine », explique Davidor. Moustafa ajoute : « On voulait trouver le bon son qui allait mettre en valeur la musique originale tout en y apportant notre touche ». La préparation a mobilisé plusieurs semaines de travail.
Pour Davidor, cette reprise véhicule un message d’unité, de solidarité et de fierté culturelle. Le morceau continue, plusieurs décennies plus tard, de traverser les frontières, de Haïti aux États-Unis et jusqu’à Paris. En 2023, le DJ français Bob Sinclar avait lui aussi proposé une version afro house/dance, en collaboration avec la chanteuse haïtienne Moonlight Benjamin.
Depuis leur enfance, les deux frères sont animés par la musique. Leur objectif commun est de faire dialoguer l’héritage culturel haïtien avec les sonorités électroniques contemporaines. « En Haïti, j’ai grandi avec le compas, le rara et les rythmes populaires. Ces sons faisaient partie du quotidien, des fêtes, de la rue. Et lorsque le Rara Tech a commencé à prendre de l’ampleur, surtout avec Gardy Girault et Stuba, on s’est vite retrouvés dans ce genre. De là, on a commencé à produire du raratech, puis avec le temps de l’afro house, de l’amapiano et du rabòday », raconte Davidor.
Le duo se définit comme un lien sonore entre tradition et modernité. Leur rencontre artistique a été naturelle : Moustafa était déjà DJ, tandis que Davidor se concentrait sur la production. « L’un apporte l’énergie du dancefloor, l’autre la construction sonore. De cette alchimie naît un duo animé par une même ambition : créer une musique enracinée, mais résolument tournée vers l’avenir », résume le duo.
Au centre de leur démarche artistique se trouve l’identité haïtienne. « Mon identité haïtienne est le point de tout. Elle influence mes choix sonores, mes messages. Même quand je produis de l’afro house ou de l’amapiano, il y a toujours une empreinte haïtienne, parfois subtile, parfois assumée, mais jamais absente », précise Moustafa.

Installés aux États-Unis, les frères évoluent dans un environnement musical diversifié, tout en conservant un lien constant avec Haïti. « Vivre ici nous a exposés à une diversité musicale énorme. Cela nous pousse à affiner notre son, à penser plus global, tout en restant fidèles à nos racines. Cette dualité entre ici et là-bas nourrit énormément notre créativité », observe Davidor.
Selon eux, la diaspora joue un rôle de relais culturel, capable de présenter la musique haïtienne à de nouveaux publics et de créer des ponts entre Haïti et le reste du monde. « Elle agit comme un relais culturel, capable de faire découvrir la musique haïtienne à de nouveaux publics, de créer des ponts culturels et de repositionner Haïti sur la carte mondiale de la musique électronique », affirme Moustafa.
Le rara occupe une place centrale dans leur démarche. « Il est une force culturelle, un symbole de résistance et de rassemblement. L’intégrer à l’électronique, c’est lui offrir une nouvelle scène, un nouveau public. Et ses sons fonctionnent parfaitement avec la musique électronique », souligne Davidor.
Pour Moustafa, le défi consiste à moderniser l’héritage sans en altérer l’âme. « L’objectif est que la jeunesse s’y reconnaisse sans ressentir de décalage générationnel », explique-t-il. Davidor insiste : relier le passé au présent constitue le cœur de leur projet, tandis que Moustafa précise que leurs remix sont salués pour leur authenticité. « C’est ce mélange de respect et d’audace qui touche le public », ajoute-t-il.
Le duo insiste toutefois sur l’importance de produire également des œuvres originales. « Les remix sont à la fois un exercice artistique et un moyen de transmission. Ils permettent de raconter une histoire autrement et ouvrent des portes, mais les productions originales sont essentielles, car elles définissent notre identité artistique à long terme », déclarent les frères.
En studio comme sur scène, leur complémentarité guide leur travail. « À deux, on va plus loin : on se soutient, on se critique pour un avancement positif et on se challenge », explique Davidor.
Pour Davidor et Moustafa, l’avenir de la musique électronique haïtienne passe par de nouvelles productions, des performances live et des collaborations avec des artistes haïtiens et internationaux. « Le monde est prêt à découvrir cette richesse sonore. Il suffit de continuer à créer avec sincérité et vision », concluent-ils.
Par Youbens Cupidon © Chokarella



