Dépression : éclairage de la psychologue Rhode B. Banatte sur les fragilités du début d’année

Le début de l’année est souvent présenté comme un moment de renouveau, marqué par les résolutions et les projets. Pourtant, cette période peut aussi révéler ou accentuer une fragilité psychique chez de nombreuses personnes. Pression sociale, bilans personnels implicites et attentes élevées contribuent à rendre la dépression plus visible, sans pour autant faciliter sa reconnaissance ou sa prise en charge. Une réalité encore largement entourée de silence. Pour mieux comprendre ce phénomène et identifier des réponses possibles, Chokarella s’est entretenu avec Rhode Bermine Banatte, psychologue clinicienne et fondatrice de Sikoloji an Kreyòl.

La dépression ne se résume pas à une réaction passagère face à une difficulté de la vie. Elle repose sur un modèle bio psychosocial, qui associe des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. « La dépression est une pathologie complexe qui ne résulte pas toujours d’un évènement tragique extérieur », explique Rhode B. Banatte. Si des situations comme un deuil, une rupture ou une crise socio-économique peuvent déclencher un épisode dépressif, la maladie peut également apparaître sans cause apparente. Des prédispositions génétiques ou un déséquilibre chimique des neurotransmetteurs dans le cerveau peuvent en être à l’origine. Une personne peut ainsi sembler « avoir tout pour être heureuse » tout en souffrant d’une dépression profonde. « il s’agit de dysfonctionnement biologique et psychologique qui dépasse la simple volonté ou les circonstances de vie », précise la psychologue.

Pourquoi le début d’année constitue un moment à risque ?

Le passage à une nouvelle année est chargé de symboles. Il impose un bilan implicite, souvent nourri de comparaisons, de regrets et d’objectifs élevés. Cette injonction à aller mieux, à réussir ou à se réinventer peut renforcer un sentiment d’échec ou de stagnation chez certaines personnes. À cela s’ajoutent le contraste entre l’euphorie des fêtes et le retour à la routine, l’isolement social et, pour beaucoup, des difficultés économiques persistantes. Ces facteurs peuvent réactiver une vulnérabilité existante ou accentuer un mal-être déjà présent, sans que les personnes concernées ne disposent toujours des ressources nécessaires pour y faire face.

Des obstacles persistants à la prise en charge

Malgré la fréquence de la dépression, l’accès aux soins demeure limité par plusieurs freins. « Les freins les plus tenaces sont la stigmatisation sociale et la peur d’être jugé ou perçu comme faible ou fou », souligne Rhode B. Banatte.
Dans des contextes où la force mentale est valorisée au détriment de l’expression émotionnelle, reconnaître sa souffrance devient difficile. Le manque d’information empêche également l’identification précoce des symptômes, tandis que les contraintes économiques et l’insuffisance de structures spécialisées limitent l’accès aux professionnels de la santé mentale.

Quelles réponses possibles face à la dépression

Face à ces constats, des solutions sont identifiées. La fondatrice de Sikoloji an Kreyòl plaide pour une normalisation des discussions autour de la santé mentale, appuyée par des campagnes de sensibilisation et une meilleure intégration des soins psychologiques dans les services de santé de base. « Demander de l’aide doit être perçu comme un acte de courage, pas de faiblesse », insiste-t-elle. L’entourage joue également un rôle central dans la réponse à la dépression. « L’écoute empathique et non moralisatrice est essentielle », rappelle la psychologue. Les propos banalisants ou culpabilisants peuvent renforcer l’isolement et retarder l’accès aux soins.

Des leviers accessibles au quotidien

Concrètement, offrir une présence rassurante, reconnaître la souffrance exprimée et accompagner progressivement vers une aide professionnelle adaptée constituent des leviers accessibles. « Valider, c’est aimer », résume Banatte, en insistant sur l’importance de respecter le rythme de la personne concernée tout en maintenant un lien constant et bienveillant.

Replacer la santé mentale au cœur des priorités

En ce début d’année, un constat s’impose : la dépression est une maladie réelle, traitable et sans lien avec la paresse. La santé mentale conditionne la capacité à fonctionner, à aimer et à se reconstruire, notamment après des situations de crise ou de catastrophe. Briser le silence, encourager une écoute sans jugement et reconnaître l’accès aux soins psychologiques comme un droit fondamental apparaissent comme des réponses concrètes à une souffrance encore trop souvent invisible.

« Le message essentiel est que la dépression est une maladie réelle, traitable et qu’elle n’est jamais une question de paresse. il faut retenir que la santé mentale est la base de notre capacité à fonctionner, à aimer et à reconstruire nos vies après les catastrophes ; elle mérite donc la même attention et le même respect que la santé physique. Personne ne devrait avoir à souffrir en silence, que la guérison commence par la parole, et l’accès aux soins est un droit fondamental qui peut sauver des vies. », affirme l’étudiante en maîtrise de thérapie familiale.

Par Ann-Olguetty Loodjenny Dieuve © Chokarella

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