Huit mois après la sortie de son album, mCo. propose un nouveau titre qui s’inscrit dans une réflexion autour de la disparition et de ce qu’elle suscite comme interrogations. Le chanteur et artiste pluridisciplinaire haïtien a dévoilé, ce mercredi 8 avril, le morceau « Travèse », accompagné d’un vidéoclip, désormais disponible sur les plateformes de streaming légales. À travers cette production, il aborde une thématique à la fois philosophique et spirituelle, encore peu présente dans la musique haïtienne : le ressenti face à l’idée de disparaître.
Le concept de la mort continue d’alimenter des questionnements métaphysiques dans de nombreuses cultures. Pour certains, il marque le passage vers une autre forme d’existence. Toutefois, même chez ceux qui adhèrent à cette idée, la peur demeure. Une perception que partage mCo., qui explique que cette chanson est née à la fois de cette appréhension et d’un attachement aux éléments qui constituent son identité : ses souvenirs, ses liens et ce qu’il a profondément aimé.
“Il y a aussi un événement très marquant qui a intensifié cette réflexion. Une amie m’a appelé récemment, bouleversée. Elle venait de rentrer du travail et a trouvé sa fille presque sans vie dans son placard, après une tentative de suicide”, raconte le chanteur lors d’une interview accordée à notre rédaction.
L’artiste confie que cet épisode l’a profondément affecté. Il évoque une angoisse persistante, liée autant à sa propre condition qu’à celle de sa fille. “ Je suis quelqu’un qui ressent beaucoup, et je me suis demandé : qu’est-ce qu’on devient quand on n’a plus de corps, mais qu’on a encore de l’amour en nous ?”, s’interroge-t-il.
Face à l’inconnu, l’être humain peut se sentir désorienté. Dans ce contexte, mCo. explique s’être tourné vers la prière, non pour échapper à la mort, mais pour tenter d’en comprendre l’après. “Je me suis surpris à prier… pas pour éviter la mort, mais pour ce qui viendra après. Prier pour que, quand ce sera mon tour, je ne perde pas le contact avec ma fille. Que je ne l’oublie pas. Que je puisse encore la sentir”, déclare-t-il.
Comme d’autres croyants, il ne perçoit pas la mort comme une rupture définitive, mais comme une transformation encore difficile à appréhender. “Ce qui me fascine, c’est de me demander si ce qu’on est vraiment, au-delà du corps, peut continuer d’exister autrement”, poursuit-il.
Dans sa réflexion, une autre interrogation prend toutefois le dessus : “Pour moi, la vraie question n’est pas est-ce qu’il y a quelque chose après, mais plutôt : qu’est-ce qui de nous a le droit de passer de l’autre côté ?”.
À l’issue de ce cheminement, mCo. estime que la perception de la mort, comme celle d’une vie après la mort, repose largement sur des idées transmises. Il indique vouloir reprendre la maîtrise de ses propres croyances. “J’ai compris que pour notre cerveau, ce n’est pas forcément la vérité qui compte, mais la croyance. Il valide ce à quoi on adhère, même si cela peut parfois perturber notre équilibre. C’est là que la neuroplasticité devient intéressante : elle nous montre qu’on peut aussi reprogrammer notre manière de voir le monde”, observe-t-il.
L’artiste dit ainsi faire le choix de considérer la mort comme un nouveau commencement, une forme de continuité encore difficile à saisir. Malgré cette approche, il reconnaît que ses interrogations demeurent nombreuses : « Et si la vie était une suite de passages ? Et si ceux qui vivent ici avaient déjà existé ailleurs ? Et si certains de ceux que nous pleurons continuaient, ailleurs, pendant que nous poursuivons ici ? ».
“ Peut-être que c’est un cycle sans fin. Peut-être que, là où nous nous pensons vivants, nous sommes déjà dans une autre forme de traversée… une autre manière de recommencer”, affirme-t-il.
Pour mCo., la « traversée » représente un espace intermédiaire, entre deux états. “ C’est un moment de bascule, mais aussi de vérité. C’est là que je réalise ce qui compte vraiment et cela je ne le veux pas. Je ne veux pas rater cette chance de vivre ici et maintenant mais c’est un grand défi existenciel”, ajoute-t-il.
Dans cette quête, il évoque également la possibilité d’un lien persistant avec les disparus, au-delà de la dimension physique. “Je ne cherche pas à donner des réponses, je mets des questions en tension. Je me demande ce qui nous définit vraiment : nos souvenirs, nos liens, notre capacité à ressentir. Et si on enlève tout ça… est-ce qu’on est encore nous ? avance-t-il. Je suis quelqu’un d’hypersensible, avec mes peurs, mes manques. J’ai enterré mon père… et il me manque encore.”
Selon lui, cette chanson constitue aussi une manière d’anticiper l’absence, en espérant que sa propre fille ne ressente pas le même vide. “C’est dans cet espace là, entre quête personnelle, peur et espoir, que la chanson devient à la fois philosophique et spirituelle”, précise-t-il.
Sur le plan musical, « Travèse » s’appuie sur une composition portée par le guitariste Ernst Junior Marcelin et structurée par Jerry Jn Camille Joseph. Le morceau évolue entre douceur et tension, cherchant à traduire une forme de passage, sans rupture brutale.
“ Je voulais une musique qui flotte, qui ne s’ancre pas complètement. Quelque chose de fragile, presque suspendu, comme si on était déjà entre deux mondes. L’idée n’était pas d’expliquer, mais de faire ressentir cet état de passage”, confie-t-il.
En conclusion, mCo. indique vouloir proposer un espace d’expression et de questionnement, sans imposer de réponses. “Et peut-être rappeler que ce qu’on vit, ce qu’on ressent, ce qu’on aime… a une valeur immense. Même si tout est fragile”, conclut-il.
Par Youbens Cupidon © Chokarella



