Après plusieurs semaines passées en détention de l’immigration aux États-Unis, le PDG de la plateforme médiatique Chokarella, Carel Pedre, a lancé une série de vidéos destinées à informer la population haïtienne sur les démarches à entreprendre en cas d’arrestation par l’agence fédérale américaine ICE (Immigration and Customs Enforcement). Dans le premier épisode, il y présente sept points pour agir en cas de détention.
Depuis l’arrivée au pouvoir du 47e président américain, Donald John Trump, en 2025, des changements importants ont été opérés dans la politique migratoire américaine, comme il l’avait promis : expulsions massives, fin du droit d’asile, détention prolongée, arrêt de l’application CBP One et suspension du programme des réfugiés. Cette politique d’immigration ultra-répressive, visant à stopper l’immigration illégale et à restreindre celle qui est légale, n’est pas conforme aux normes américaines.
Par voie de conséquence, le journaliste haïtien, victime de cette politique d’exclusion migratoire, conseille les ressortissants sur les procédures légales et morales à adopter pour avoir une issue favorable. Dans la première vidéo de sa série, d’une durée de 5 minutes 29 secondes, il pose une question centrale : « Qu’est-ce qu’on doit faire si un proche est détenu par l’ICE ? »
Selon le présentateur de l’émission « Carel In The Morning », il est normal d’être choqué dans une telle conjoncture, car le système dispose de moyens qui peuvent désorienter les proches. « Vous ne savez pas où trouver votre proche, ce que vous devez faire et le pire, le système ne vous laisse pas assez de temps pour réfléchir », explique-t-il. Cette inquiétude est liée au fait que l’ICE déplace les détenus d’un centre à un autre comme bon lui semble.
Il existe toutefois des moyens légaux pour faire face à cette politique restrictive. Carel Pedre précise que les premières 48 heures en détention sont déterminantes pour le verdict final. « La décision que vous prenez dans ce créneau déterminera si la personne sera libérée rapidement ou si elle restera longtemps en détention », déclare-t-il.
Il ajoute que la première démarche des proches est de localiser le centre de détention où se trouve le ressortissant. « Vous devez vous rendre sur le site officiel de l’ICE, Locator.ice.gov, et vérifier, à l’aide du nom ou de l’A-number, où il est incarcéré. Il arrive parfois qu’il y ait des erreurs dans l’orthographe ou un problème de mise à jour du système, qui peut durer entre 24 et 48 heures. Il est recommandé de vérifier plusieurs fois sans se décourager. »
En second lieu, Carel Pedre conseille de trouver rapidement un avocat. « Ce n’est pas une option, c’est une urgence. Contrairement au tribunal criminel, on ne vous attribue pas un avocat commis d’office automatiquement dans ce processus. Il est important d’avoir un avocat pour saisir l’occasion de demander votre Bond Hearing, la caution réservée au détenu », souligne-t-il.
D’après ses propos, se présenter sans avocat lors de la première audience peut faire rater l’opportunité de demander une caution. « La personne devra rester incarcérée tout au long du processus. Aller à une audience sans avocat est l’une des erreurs commises par beaucoup de personnes », affirme-t-il. Il précise que cela peut prolonger la détention et que, lors d’une nouvelle audience, le juge peut fixer une date entre deux et trois semaines, voire deux mois.
Pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer un avocat, Carel Pedre mentionne l’existence d’organisations offrant des services Pro Bono gratuits ou à tarif réduit. « En Floride, certaines organisations sont actives depuis longtemps. Moi, je collabore avec Catholic Legal Services. Mais il y a tant d’autres structures offrant les mêmes services. Si vous cherchez sur Google ‘List of Pro Bono Legal Services Providers’, vous trouverez une liste élaborée par le département de la justice américaine », poursuit-il.
En troisième lieu, il estime essentiel de communiquer avec le détenu pour l’informer de ce qui l’attend. « Il est impératif de lui dire trois choses : 1) ne signez aucun papier, car ICE peut lui présenter des documents pour un départ volontaire. En cas de signature, vous perdez tous vos droits de défense. 2) Restez en silence afin d’éviter de répondre à des questions liées à son dossier. Il doit juste dire : ‘Je veux garder le silence jusqu’à ce que je parle avec mon avocat’. 3) Ne soyez pas découragé, car le système peut faire croire qu’il n’y a plus d’espoir. »
Le quatrième point consiste à rassembler tous les documents importants. « En tant que membre de la famille d’une personne en détention, vous avez un rôle prépondérant dans sa libération. Réunir tous ses documents — papiers d’immigration, green card, permis de travail, reçus USCIS, preuve d’emploi, preuves de paiement des taxes, liens familiaux, déclarations de connaissance par des amis ou sa famille — sera utile pour constituer un dossier solide pour une demande de caution », explique Carel. Il précise que même les dossiers criminels sont importants pour l’avocat.
Cinquièmement, il faut se préparer pour l’audience du Bond Hearing, « la meilleure option pour qu’une personne soit libérée avant la décision finale du juge. C’est là que le juge analysera si le détenu risque de se soustraire à la justice ou s’il représente une menace pour la société. La tâche des proches est de montrer qu’il a des racines dans le pays et de se préparer à payer la caution, qui peut varier entre 1 500 et 25 000 dollars », affirme-t-il.
Sixièmement, les proches doivent mettre en place un système de communication et de soutien moral pour le détenu. « Il n’est pas facile de communiquer depuis l’intérieur d’un centre de détention. Souvent, il n’y a pas assez de téléphones et les appels ne sont pas gratuits. Préparez-vous à recharger son téléphone ou son compte commissary afin qu’il puisse acheter ce dont il a besoin », soutient Carel. Il ajoute que si le détenu a des enfants à charge, il est nécessaire de trouver une personne de confiance pour assurer la tutelle légale pendant son incarcération.
Enfin, Carel Pedre insiste sur l’importance de connaître les options légales disponibles pour un détenu. Il rappelle qu’il n’est pas avocat et que ses conseils sont issus de son expérience et de ses recherches. « Il est important de trouver un avocat pour savoir ce qui est favorable dans le cas de votre proche, même si la situation semble difficile. Même si elle paraît grave, il peut y avoir une solution, comme le cancellation of removal, l’asile, l’ajustement de statut ou la réouverture d’un dossier d’immigration. Cependant, seul un expert peut déterminer la marche à suivre pour votre proche », conclut-il.
Par Youbens Cupidon © Chokarella



